… et Jennifer Lopez dans tout ça? /«Second Act», «Les filles du soleil», etc.

Manfred Enery / Le titre d’un film français, bientôt exploité dans les salles obscures de la Grande Région, répond partiellement à notre désarroi: «Qu’est-ce qu’on a encore fait

au Bon Dieu?» pour mériter ça…

Soient le film étasunien Second Act – distribué en zone française sous le titre Seconde Chance – et le Franco-français Les filles du soleil. L’un est signé Peter Segal et l’autre Eva Husson. On le savait déjà, tous les films dits d’auteur ne sont pas toujours à la hauteur des attentes de ceux qui courent les salles obscures. Qu’ils soient cinéphiles vétilleux ou publics du «sam’di soir» qui ne s’en laissent pas conter… Il s’agit aussi de films de métrage plus ou moins longuet, qui trébuchent fâcheusement sur l’échelle des valeurs permettant en général d’apprécier ou de détester leur facture, leur thématique et leur vigueur esthétique.

Nos deux films ont bénéficié d’un «buzz» promotionnel lourdement positif, axé sur la notoriété économique d’un «auteur» comme Peter Segal ou sur l’image de marque d’art et d’essai d’une cinéaste comme Eva Husson. Le premier a réalisé quelques modérés «blockbusters» qui ont cartonné sans réel excès. A-t-on vraiment oublié 50 First Dates (2004) avec Drew Barrymore, Anger Management (2003) avec Jack Nicholson, ou Nutty Professor II (2000) avec Eddie Murphy? La seconde, en début de carrière, s’est d’abord manifestée en 2016 avec Bang Gang (une histoire d’amour moderne) qui fut un pétard mouillé funeste à sa radicalité sexuelle annoncée par les promoteurs; sa sélection très officielle à Cannes 2018 avec les Filles du soleil lui a valu ensuite le statut d’«auteure» novatrice et hardie. Nous voilà face à ces deux productions qui, dès l’ouverture, nous font éprouver un déplaisant sentiment de «déjà-vu» qui se mue très vite en ennui. Les deux récits, tels des feuilletés tendrement dorés, superposent une quantité de couches narratives fleurant le sociétal et le politique – juste trois pincées! – et qui sont ensuite moulées selon quelques cinématographiques courants (comédie romantique, portrait, épopée de guerre, mélodrame social avec embrayeurs sexuels).

Peter Segal nous emmène à New York, Eva Husson nous embarque dans le Moyen-Orient entre l’improbable Kurdistan et la Syrie meurtrie. L’héroïne étasunienne Maya Vargas, belle fleur du Queens, accomplit sa vengeance sociale car, sans diplôme, une belle promotion lui échappe dans le supermarché «hard discount» où elle est assistante du manageur. Quelques entourloupettes informatiques et néanmoins amicales, dont elle ignore tout, lui permettent de prendre le dessus et de faire le deuil d’un drame vécu quand elle avait seize ans. Comme c’est Jennifer Lopez qui campe Maya – et produit aussi le film! –, elle est dans tous les plans, en travelling, en contre-plongée ou au ralenti. On se console quand on se souvient qu’elle a pu être percutante à la fin du dernier siècle dans des films comme Blood and Wine (Bob Rafelson, 1996) et Jack (Francis Ford Coppola, 1996). Ou même au début de ce siècle dans la capiteuse romcom que demeure Maid in Manhattan (Wayne Wang, 2002).

Chez Eva Husson, l’héroïne est dédoublée. Il y a d’abord Mathilde (Emmanuelle Bercot), une reporter de guerre, chevronnée, veuve d’un journaliste et borgne, qui se voit confrontée à Bahar (Golshifteh Farahani), une redoutable et magnifique guerrière kurde. Celle-ci commande un bataillon de femmes kurdes, dont la plupart ont été réduites en esclaves sexuelles par l’Etat islamique. Les récits parallèles se chevauchent sans mollir, les flash-back s’emmêlent. Le sentimentalisme étriqué inonde le tout. La caricature érigée en figure de style pour brosser, par exemple, les islamistes, vient rapidement à bout de notre bienveillance.

De ces deux films sortis au Grand-Duché il y a une petite semaine, on ignore le score affiché par le box-office. On en verra d’autres du même type. Plus proche du «visuel» convenu de la technologie publicitaire que de l’image cinématographique qui nous donne à regarder le monde avec ses halos opaques et ses trous noirs. L’année nouvelle nous réservera aussi des surprises. Une contre-performance de Jennifer Lopez? Un prochain film d’Eva Husson pas avant 2020? On pariera davantage sur les bonheurs que nous laissent espérer Benedetta de Paul Verhoeven avec Virginie Efira, le nouveau Woody Allen (A Rainy Day in New York), Dolor y gloria de Pedro Almodóvar ou le nouveau Scorsese cantonné sur plateforme.

D’emblée, les deux films nous font éprouver un déplaisant sentiment de «déjà-vu» se muant vite en ennui.

Tels des feuilletés, ils superposent les couches narratives fleurant le sociétal et le politique…