Le jazz, c’est fou… / 7e «Like a Jazz Machine» à Dudelange (Opderschmelz) du 10 au 13 mai

Annie Gaspard / Un festival de jazz audacieux qu’on like et qui nous fait monter

dans une machine à facettes. Embarquement.

Il fallait oser un festival jazz sur les terres de Dudelange, ancienne cité sidérurgique du Grand-Duché de Luxembourg, mais qui a toujours refusé la sinistrose. «On n’a pas de lac, ni de montagne et pourtant…», appuie Danielle Igniti, directrice du Centre culturel régional (CCRD) Opderschmelz qui, main dans la main avec la Ville de Dudelange, invite depuis sept printemps à … «Like a Jazz Machine» (LJM). Un âge de raison pour ce festival international qui confirme Diddeleng-la-bouillonnante comme capitale du jazz au Grand-Duché de Luxembourg mais qui souffle ses sept bougies toujours avec des grains de folies, d’amitié et de sens de la mission culturelle qui en font un festival différent. «Un tel projet est un travail de longue haleine qui se construit sur le long terme, mais c’est avant tout une fête du jazz pour prendre ensemble la mesure de ce qu’est le jazz aujourd’hui».

Et le sens de la flèche est invariable: on étale sur quatre jours (quatre concerts/jour), on croise légendes du jazz et artistes qui le deviendront peut-être sur une seule et même scène, on offre du terreau à la création, on métisse le jazz avec d’autres genres musicaux, on hisse haut la jeune génération jazz luxembourgeoise, «on dit non au mainstream mais oui à l’audace même si ce n’est pas elle qui paie toujours car le public manque parfois de curiosité…».

Pour sa 7e édition, le festival confirme tout ça avec un large éventail de musiques de jazz actuelles, «16 groupes, 80 musiciens pour montrer que le jazz n’a pas de limites ni de frontières, il est ouvert et vivant et se nourrit chez nous de sentiments de confiance et de fidélité réciproques». En tout cas il ne faudrait pas pointer sur son agenda les seuls musiciens mondialement célèbres – tantôt leaders tantôt guests – comme ces deux géants du piano l’Allemand Joachim Kühn et l’Italien Enrico Pieranunzi, le percussionniste suisse Reto Weber, le batteur E.J. Strickland, le saxophoniste et rappeur londonien Soweto Kinch, le mythique groupe britannique funk-jazz Cymande. Si l’on ajoute les «all-star bands» du Nathalie Loriers Trio ou du DADADA de Roberto Negro, Emile Parisien et Michele Rabbia, c’est bien sûr en soi une affiche XXL, mais l’huître est pleine de perles encore…

Comment ne pas zoomer sur ces musiciens représentatifs des courants actuels: l’innovant et hypnotique saxophoniste français Sylvain Rifflet dans son hommage fascinant à son modèle Stan Getz; le bassiste français Stéphane Kerecki et son tout nouveau projet-hommage à la «French Touch»; ces audacieux groupes engagés – Chlorine Free (F) et Melt Yourself Down (G-B) – qui font à la fois danser et réfléchir; les deux Américains – Reggie Washington le bassiste et Nasheet Waits le batteur – qui seront sans doute LES découvertes de cette édition.

Mais le LJM ne serait pas le LJM sans ces fameuses résidences d’artistes qui permettent à des musiciens de créer et de développer de nouveaux projets en toute liberté artistique, taillés sur mesure pour le festival avec de belles rencontres encore puisque le nouveau quartet du jeune saxophoniste luxembourgeois Maxime Bender croisera ses notes à celles du célèbre pianiste Joachim Kühn, qu’un autre jazzman du pays, le batteur Michel Meis, y présentera son prochain CD & nouveau quartet et que trois pointures du jazz international – Peter Perfido (batterie), Daniel Erdmann (saxophone), Henning Sieverts (basse) – feront cadeau d’un projet inédit.

Et comme le «jazz made Luxembourg» a toujours été particulièrement soutenu à Opderschmelz, s’ajoutent encore à l’affiche le pianiste Michel Reis qui sera chef d’orchestre de ses deux quartets japonais et allemand (à ne pas rater!) et le batteur Jeff Herr avec son tout nouvel album.