Jacques Higelin est mort à l’âge de 77 ans

Le chanteur Jacques Higelin, l’un des pionniers du rock français, est mort vendredi matin à Paris à l’âge de 77 ans, a annoncé sa famille à l’AFP.

« Aziza, sa femme, Arthur H, Kên Higelin et Izia Higelin ont la douleur d’annoncer la disparition de Jacques Higelin ce matin », indique le communiqué de la famille. Ces derniers mois, son entourage proche avait fait état d’une « fatigue » du chanteur.

La famille n’a pas souhaité communiquer sur les causes de son décès. Père de trois enfants artistes, le chanteur Arthur H, la chanteuse Izia Higelin, et le réalisateur Kên Higelin, il laisse derrière lui une vingtaine d’albums qui ont marqué la chanson française, comme « BBH 75 » (1974), « Alertez les bébés » ou encore le diptyque « Champagne pour tout le monde… » et « … Caviar pour les autres » sortis en 1979. Poète survolté, généreux, engagé, Jacques Higelin aura été l’auteur de tubes tels que « Pars », « Champagne » ou « Tombé du ciel ». Né pendant la Seconde guerre mondiale, en 1940, il a débuté sa carrière artistique au théâtre au début des années 60, avant de rencontrer les musiciens Areski et Brigitte Fontaine, avec lesquels il incarna un renouveau de la chanson française au milieu des années soixante. Passant de la poésie au rock avec la même aisance, il avait célébré en octobre 2016 ses cinquante ans de carrière avec « Higelin 75 », son dernier album en date.

Jacques Higelin en quelques coups d’éclats

 

Sur scène, dans la rue, à la télévision, en public, Jacques Higelin, décédé vendredi matin à Paris, était une personnalité artistique imprévisible, capable des coups d’éclats les plus fous.

En 1970, Higelin est encore un artiste souterrain. Il participe à des « concerts-happening », où il improvise avec d’autres musiciens comme ceux de l’Art Ensemble de Chicago. Souvent, ses spectacles se prolongent dans la rue. Tel un saltimbanque, il expérimente des mini-spectacles en plein Paris, sous les yeux souvent amusés des passants. Ainsi ce jour d’été, dans la rue des Abbesses à Paris, vêtu d’une veste de baladin, il harangue la population pour « un numéro que nous avons présenté dans toutes les capitales d’Europe et du Tiers-monde, qui demande de l’adresse, du courage et du culot. Pour 1,82 franc! » Qu’en est-il? Higelin, désormais torse nu, s’appuie bras tendus sur un camarade à même le sol. Alors qu’on l’imagine se faire soulever, il se laisse au contraire lentement tomber et finit par embrasser sur la bouche son partenaire. Les gens rient. Higelin, pas mécontent, part en grattant sa guitare.

En 1983, lors de la deuxième « Fête de la musique », Higelin prend la tête d’une immense caravane, remplie d’instruments, pour un défilé en musique de la Place de la République à la Place de la Bastille. Plus de 30.000 personnes suivent. Higelin sur scène, c’est la folie qui règne, le temps qui s’étire. Le spectacle est chaque soir unique.

En 1973, il fait la première partie du groupe américain Sly & the Family Stone à l’Olympia. Détonnant avec l’ambiance funk qui monte, il débarque sur scène seul avec un accordéon. Les huées récoltées ne l’impressionnent pas.

Alors qu’il donne une série de concert au Casino de Paris, en 1983, Higelin s’amuse à épouser chaque soir sa compagne d’alors Kuelan Nguyen. Vietnamienne d’origine, elle est la mère de Kên, son deuxième fils. Pour la petite histoire, elle est aussi la fameuse « China Girl » chantée cette année-là par David Bowie. Qui avait tenté en vain de la séduire sept ans plus tôt, aux studios d’Hérouville, pendant l’enregistrement de l’album d’Iggy Pop « The Idiot », et alors qu’elle accompagnait Higelin au travail sur « Alertez les bébés ». Les années 80 sont celles des marathons musicaux et des shows démesurés.

En 1984, pour « Corde raide et piano volant », il joue sur la place du Trocadéro. Au-dessus de lui, le funambule Philippe Petit fait des va-et-vient sur un fil.

En 1987, aux Francofolies de La Rochelle, Higelin donne tout. Jusqu’à pas d’heure, jusqu’à se casser la voix. Un fan dans le public est ébahi. C’est Patrick Bruel, qui dira avoir écrit son tube « casser la voix » une fois rentré cette nuit-là dans sa chambre d’hôtel.

Le 31 décembre 1989, Higelin organise le réveillon du Nouvel An au Zénith à Paris. Commencée à 21h30, la soirée finit à l’aube. Si Higelin compte une trentaine de films en tant qu’acteur, ses performances mémorables face caméra l’ont été à la télévision où il lui arrivait de laisser libre cours à ses délires.

En 1991, dans une émission en direct de Christine Bravo, il prend la parole pour raconter le stress de l’animatrice juste avant l’interview qui les réunit. « Je lui ai dit: +compte sur moi pour t’apaiser, te calmer ». L’animatrice tente de reprendre la parole, mais Higelin tape du poing sur la table et, menaçant, crie: « Maintenant, si tu comptes faire l’émission jusqu’au bout avec moi, écoute moi ! » « Je suis là pour te protéger contre toutes ces caméras! Qui en veulent à ta peau ! Contre tous ces téléspectateurs qui te désirent, à tort et à travers », hurle-t-il ensuite debout, l’oeil noir mais sourire en coin, avant de saluer le public.

Sur le plateau de Taratata, en 1994, Nagui est vite débordé. Au lieu de répondre aux questions, Higelin, s’agenouille entre les jambes de l’animateur, grimace devant la caméra, se promène dans le public, déclame du Racine avec Brigitte Fontaine…