Israël annonce une opération à la frontière libanaise contre des tunnels du Hezbollah

Israël a annoncé avoir lancé mardi une opération pour détruire des tunnels souterrains du Hezbollah détectés de son côté de la frontière avec le Liban, au risque d’aviver les tensions avec ce mouvement soutenu par l’Iran.

L’opération « Bouclier du nord », annoncée de manière inattendue au lendemain d’un entretien surprise entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo à Bruxelles, est le dernier épisode en date de la confrontation avec le Hezbollah, l’un des grands ennemis de l’Etat hébreu, de part et d’autre de la Ligne bleue fixant la frontière libano-israélienne.

Cette confrontation s’était au cours des dernières années largement déroulée sur le sol de la Syrie voisine, mais le discours israélien a évolué récemment pour dénoncer davantage les activités du Hezbollah et de l’Iran au Liban. « Quiconque cherche à s’en prendre à la sécurité d’Israël le paiera cher », a prévenu le Premier ministre israélien. Il a souligné au secrétaire d’Etat américain lundi soir à Bruxelles la nécessité de stopper les « actes d’agression » de l’Iran au Liban, en Syrie et en Irak, ont dit les services du Premier ministre dans un communiqué. « Nous avons lancé l’opération Bouclier du nord pour mettre au jour et déjouer la menace des tunnels d’attaque de l’organisation terroriste Hezbollah », a dit à des journalistes un porte-parole des forces israéliennes, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus. Israël a repéré sous son sol un certain nombre de tunnels, a-t-il dit sans en spécifier le nombre ni comment ils avaient été localisés. Il n’a pas précisé non plus quand les tunnels avaient été découverts, se contentant d’indiquer qu’Israël surveillait attentivement de telles activités depuis des années.

L’armée a diffusé des images d’engins lourds procédant à des travaux de terrassement près de la frontière. L’un des tunnels partait d’une maison de Kfar-Kila, dans le sud du Liban, a précisé l’armée israélienne.

L’armée opère seulement du côté israélien de la frontière, a dit le lieutenant-colonel Conricus. Les tunnels ne sont pas encore opérationnels et ne représentent pas une « menace immédiate » pour la population du nord d’Israël, a-t-il dit.

L’armée a établi une zone militaire fermée dans le secteur concerné, proche de Metula, et renforcé sa présence, mais n’a pas mobilisé les soldats de réserve, a-t-il dit. Aucune consigne spécifique n’a été délivrée aux populations civiles israéliennes, a-t-il ajouté. Les activités du Hezbollah constituent « une violation flagrante de la souveraineté israélienne et de la résolution 1701 » des Nations unies, a dit M. Netanyahu à M. Pompeo, selon ses services.

La résolution 1701 adoptée en août 2006 mettait fin à 33 jours d’une guerre qui a fait 1.200 morts côté libanais, et 160 côté israélien, sans neutraliser le Hezbollah, visé par une vaste offensive après l’enlèvement de deux soldats israéliens.

Après différents conflits, Israël et le Liban demeurent techniquement en état de guerre mais la frontière est restée relativement calme ces dernières années. Israël construit actuellement un mur le long de la frontière pour stopper d’éventuelles tentatives d’infiltration du Hezbollah.

L’animosité persistante s’est surtout manifestée en Syrie, où le Hezbollah, comme l’Iran, s’est allié au régime de Bachar al-Assad. Israël a frappé à de multiples reprises des convois d’armes destinés au Hezbollah ainsi que des intérêts iraniens.

L’une des opérations israéliennes en Syrie a mal tourné le 17 septembre quand les batteries antiaériennes syriennes ont abattu par erreur un avion russe, provoquant la mort des 15 soldats russes à bord. Cet évènement a sévèrement remis en cause la liberté d’action revendiquée par Israël en Syrie.

Depuis, le Premier ministre israélien a davantage mis l’accent sur les agissements iraniens au Liban en soutien du Hezbollah. Le 27 septembre, devant l’Assemblée générale de l’ONU, il avait accusé l’Iran de chercher à équiper le Hezbollah de missiles de précision pouvant frapper Israël en profondeur. Il avait fait état de trois sites proches de l’aéroport de Beyrouth où de telles activités seraient menées.

En novembre, M. Netanyahu avait justifié son refus de lancer au sud une opération d’ampleur contre le mouvement islamiste palestinien Hamas à Gaza en laissant entendre que d’autres mystérieux impératifs guidaient sa décision. Le cessez-le-feu conclu avec le Hamas avait conduit à la démission du ministre de la Défense Avigdor Lieberman, menaçant d’entraîner avec lui la coalition gouvernementale.

M. Netanyahu a alors repris le portefeuille de la Défense et s’est employé à empêcher des législatives anticipées qui auraient été « irresponsables » dans une période sécuritaire sensible. M. Netanyahu est dans une situation délicate au plan national, la police ayant recommandé dimanche son inculpation dans une troisième affaire de corruption présumée.