Irma: « scène d’horreur » à Saint-Barth et Saint-Martin, le bilan va s’alourdir

Le président Emmanuel Macron a assuré jeudi à Athènes que « la France toute entière est mobilisée » après le passage dans les Caraïbes de l’ouragan Irma qui a sévèrement frappé l’île française de Saint-Barthélemy et la partie française de l’île de Saint-Martin.

« C’est la France qui est touchée » par cet ouragan, a observé le président, qui était reçu par son homologue grec Prokopis Pavlopoulos. Selon un bilan provisoire, 9 personnes ont été tuées par le passage d’Irma, 8 à Saint-Martin et une à Barbuda.

Le gouvernement devrait donner un bilan des dégâts matériels jeudi après-midi, a indiqué M. Macron, qualifiant d’ores et déjà ceux-ci de « très lourds ». Dans la matinée, l’Elysée avait indiqué que M. Macron « se rendrait sur les lieux touchés par l’ouragan dès que cela sera possible sans gêner l’action des secours et que les conditions météo le permettraient ».

M. Pavlopoulos a présenté ses condoléances à M. Macron et aux Français. Au cours de cette cérémonie, il a fait son homologue Grand-Croix de l’Ordre du Sauveur, la plus haute distinction honorifique grecque.

« Scène d’horreur » à Saint-Barth et Saint-Martin

 

« Scène d’horreur », « cauchemar », « paysage apocalyptique »: le passage de l’ouragan monstre Irma, qui poursuit sa route dans les Caraïbes, a fait au moins 9 morts, dont 8 dans les îles de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, où sont désormais attendus les secours.

Après le passage de ce cyclone de catégorie 5, le maximum sur l’échelle d’intensité des ouragans, l’heure est au bilan: un premier vol devait être mis en place jeudi entre la Guadeloupe et les deux îles, situées à environ 250 km, pour évaluer les dégâts, déjà jugés « très importants » après des rafales qui ont dépassé par moment les 300 km/h.

Irma est le cyclone de catégorie 5 le plus long (plus de 33 heures) jamais enregistré dans le monde, a précisé Météo France. Le dernier bilan humain annoncé jeudi matin par la sécurité civile s’élève à 8 morts et 21 blessés à Saint-Martin. Mais « les chiffres vont bouger », a prévenu Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur. A Sint Marteen, la partie hollandaise de l’île, « les dégâts sont énormes », mais il n’y a pas de mort pour l’instant, a déclaré le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte. Un mort a en revanche été enregistré dans la petite île voisine de Barbuda. Emmanuel Macron se rendra « dès que possible » dans les zones touchées, a indiqué l’Elysée. Sur place, les communications restent parcellaires et les aéroports quasiment impraticables.

Les photos sur les réseaux sociaux montrent des rues inondées ou envahies par des amas de tôles, des bateaux transformés en petits bois, des arbres balayés par les rafales de vent, des toitures arrachées, des voitures renversées ou immergées sous des mètres d’eau.

A Saint-Martin, les quelques témoignages recueillis par les médias évoquent un « paysage apocalyptique ». « Nous étions face à un phénomène d’une ampleur inégalée », a déclaré un journaliste d’Outre-mer 1ere, Steve Prudent, racontant que plusieurs chambres de son hôtel « ont littéralement implosé » et les murs en béton « vibraient comme du carton ». Après l’ouragan, « on a eu l’impression que tout avait été soufflé par une bombe atomique », a témoigné sur franceinfo Dany Magen-Verge, habitante de Saint-Martin. « On dirait presque un pays en guerre », a renchéri une autre journaliste de Guadeloupe 1re, Maeva Myriam Ponet, également à Saint-Martin, évoquant des « scènes de pillage ». Le président du conseil territorial Daniel Gibbs, « sous le choc », parle d’une « catastrophe énorme: 95% de l’île de Saint-Martin est détruite ».

A Saint-Barth, où les contacts restent très compliqués, « on découvre l’horreur. On découvre un autre endroit.(…) J’avais vraiment l’impression de ne pas être sur le même caillou », a raconté au téléphone sur BFMTV Kevin, un habitant. « On découvre les toits arrachés, les rues inondées, le réseau électrique… Tout est cassé. C’est terrible, c’est une scène d’horreur ». « La situation est dramatique », a reconnu le préfet de la Guadeloupe Eric Maire. Les deux îles sont sans eau potable, sans électricité -les deux principales centrales sont endommagées et à l’arrêt-, les bâtiments publics inutilisables et les services de secours eux-mêmes dévastés.

A Saint-Martin, « quatre bâtiments qui étaient les plus solides »- la préfecture, la caserne, la gendarmerie et l’hôpital – ont été détruits, laissant présager une situation encore plus dramatique pour les bâtiments plus précaires dans des îles où l’habitat créole, en bois ou tôle, domine. Il faudra « des semaines et des mois » pour un retour à la normale de l’électricité à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, a prévenu EDF.

Le réseau téléphonique mobile est en revanche déjà rétabli à Saint-Martin et en passe de l’être à Saint-Barthélemy, selon Orange. Un pont aérien pour acheminer de l’aide et ramener des blessés devrait se mettre en place jeudi, a annoncé la ministre des Outre-mer Annick Girardin, arrivée en Guadeloupe avec environ 150 secouristes.

Depuis la Martinique, l’armée a également mobilisé deux Falcon 50 de surveillance maritime, deux hélicoptères Puma venant de Guyane, et deux frégates, dont la frégate Ventôse qui a appareillé de Fort-de-France avec du fret, des vivres, de l’eau.

Le ministre de l’Intérieur a indiqué qu’un « certain nombre » de gendarmes mobiles étaient aussi « en route » vers les îles sinistrées. Irma a frôlé dans la nuit de mercredi à jeudi la côte nord du territoire américain de Porto Rico. Dans les îles Vierges britanniques, l’île privée du milliardaire Richard Branson, Necker Island, sur laquelle il est demeuré, a subi des dommages considérables, qui n’ont pas fait de victimes, a-t-il indiqué.

L’ouragan se déplace vers la République dominicaine puis Cuba et la Floride, qu’il devrait toucher en fin de semaine, selon le National hurricane center (NHC) américain. Irma « est d’ores et déjà un ouragan historique », selon Météo-France. Il est plus puissant qu’Harvey, qui a fait 42 morts au moins et ravagé le Texas et la Louisiane.

Les Caraïbes pourraient ensuite subir deux autres ouragans: Jose puis Katia, qui « pourrait toucher l’Etat de Veracruz vendredi soir », et impacter près d’un million de personnes.

l’AMF appelle les communes à la solidarité

 

L’Association des maires de France a appelé jeudi les communes à « contribuer et relayer les appels aux dons » en faveur des victimes de l’ouragan Irma qui a entraîné des dégâts considérables dans les îles de Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Les maires de métropole et d’Outre-mer « tiennent à témoigner leur solidarité aux habitants et apporter leur plein soutien à l’ensemble des élus des collectivités territoriales » des deux îles, écrit l’AMF dans un communiqué. L’association « invite les communes et les intercommunalités de France à contribuer et relayer les appels aux dons pour secourir les victimes d’IRMA », « via les ONG déjà mobilisées sur place : Protection-civile.org et Croix-rouge.fr « . L’AMF demande par ailleurs la création urgente « d’un fonds de soutien spécifique afin d’aider à la reconstruction des équipements publics essentiels à la population, et invite les communes et intercommunalités qui le souhaiteraient à y contribuer ».