Invasion de clowns

Marie-Anne Lorgé / «Clowns in Progress» en est à sa 5e édition, c’est la Kulturfabrik (Du 3 au 17 octobre) qui porte les bretelles de ce festival salutaire qui entend sauver le monde… à partir d’une caravane.

Détail de taille, le festival associe le Luxembourg – par le biais de la Kulturfabrik d’Esch/Alzette – et la Lorraine – via la Cie Flex et le Théâtre Ici et Là de Mancieulles. Et caractéristique de taille, le festival est itinérant, à l’image de la caravane imaginée par Francis Albiero (alias le clown Champion) qui, embarquant à son bord cinq autres clowns et un musicien, en l’occurrence le violoncelliste luxembourgeois André Mergenthaler, entend faire escale en 10 villes lorraines, du 6 au 11 octobre, une fois son démarrage officiel célébré (forcément) en grande pompe le samedi 3 octobre, à 15.00h, sur la Place de l’Hôtel de Ville d’Esch/Alzette.
«A la crise mondiale actuelle qui dévaste le moral de notre société en mal de décrispation de zygomatiques, les clowns ont des solutions». A la pelle. A chaque étape de leur caravane, «ils vous en feront donc part en direct», au cours d’une sorte de «jam session» décalée, baptisée Résolvation – sachant que presque chaque Résolvation sera gratuitement accompagnée d’un spectacle de l’un ou l’autre des joyeux lurons, à savoir: Josiane Sapin, une Picarde au cœur d’artichaut, Pétrolina, une hyperactive, Pauline Couic, une diablesse «aux mots les plus gros et aux silences les plus beaux», Delicieux, un personnage de vent et de feu, et Raymond Spaetzle, un philosophe pâlot et dépressif… à ne pas contrarier.
A l’origine, il y a donc Francis Albiero, directeur artistique du festival et pilier de la Cie Flex, devenu clown par urgence: «Parce que dans notre société lisse, où règnent l’ironie et le virtuel, l’art du concret et de la transgression sensible qu’est le clown m’apparaît comme une des rares alternatives valables!».

Pas pour les enfants

Le clown contemporain – «qui n’est pas fait pour les enfants!» – ne se cache plus forcément derrière un gros nez rouge. En tout cas, Francis qui ne fait pas le clown mais devient authentiquement clown, se transforme en Champion en chaussant son nez. «Monstrueusement attachant», Champion a l’allure d’un grizzli qui aurait avalé un rossignol, toujours à l’affût d’une situation dont il tire de désarmants éclairs d’absurdité. Parce que Champion, expert en gestuels dérapages contrôlés, adore causer, il nous apprivoise au tendre.
Donc, il y a des clowns sur les routes. Mais il y a aussi des clowns en salle. Alors, sur la scène de la Kulturfabrik, trois immanquables versions du genre.
Le trash d’abord. Avec Ludor Citrik, «le clown salement et extrêmement drôle», qui résiste «aux assauts corrosifs de l’autorité bien-pensante», le jeudi 15 octobre à 20.00h. Puis, Paolo Nani, un virtuose salué internationalement pour La lettre, un spectacle culte où la même histoire est racontée en quinze versions différentes. Pas d’effet visuel mais «une performance d’acteur, de la précision et de la fantaisie», le vendredi 16 octobre à 20.00h. Et enfin, le délire irrigué par Le cabaret des Chiche Capon réputés pour n’avoir aucune dignité et qui s’interrogent sur la beauté, le samedi 17, 20.00h.
Infos: www.kulturfabrik.lu