International/ Les yeux de Khadija

Thierry Nelissen / Elle avait les yeux humides, la réalisatrice yéménite Khadija Al-Salami, de passage à Luxembourg, quand elle évoquait la guerre qui ravage son pays. «Le pays le plus riche du monde (ndlr: l’Arabie saoudite) écrase sous les bombes le pays le plus pauvre, et personne n’en parle. Quand on entend passer un avion, on tremble en attendant la bombe.»

Les pauvres vivant à bonne distance de l’Europe, ne font, il est vrai, jamais recette médiatiquement. Les conditions d’accès au territoire concerné, verrouillé par les belligérants, rajoutent à la difficulté d’une honnête couverture journalistique. La guerre du Yémen, pour résumer grossièrement, c’est l’angoisse de l’Arabie saoudite d’être prise en tenaille entre une rébellion chiite, qui prospère au sud de ses frontières, et son grand rival iranien, au nord. Une vaste coalition sunnite est mise sur pied. Sous les pilonnages de ses avions prospèrent la misère, le choléra… et même les terroristes d’Al-Qaida. Sur les plus de 10.000 victimes présumées, une majorité de civils. Dans l’indifférence. Jusqu’à ce que l’ONU s’en mêle enfin, le 5 octobre, et mette la coalition sur sa liste noire, recensant 683 enfants victimes lors de 38 événements vérifiés.

Riyad dément. Et tente de se retirer du bourbier… sans grande pression internationale: Trump, le marchand d’armes, est déjà passé par là, et tout le monde se précipite encore dans la péninsule arabique pour faire du business. Chez ces messieurs en cravate, les contrats suscitent nettement plus d’émotion que les larmes de Khadija.