International / Scénarios

Il s’agit de brièvement revenir sur l’affaire de l’attaque aux armes chimiques, début avril, dans le cadre de la guerre civile en Syrie. Et de poser une question étouffée par les émotions et, donc, la propagande: quelle réponse «civilisée» les Etats du monde pouvaient-ils apporter à «ça»? En guise de réponse, voici deux scénarios. Choisissez celui qui vous paraît le moins barbare.

Scénario A. En réaction aux horribles images et aux appels à l’indignation défilant en continu sur les écrans de toutes technologies, le chef de l’Etat le plus puissant du monde – qui n’a fait que mentir depuis qu’il est au pouvoir (comme il le faisait avant) et qui a fait faire à ses députés et sénateurs réunis une ovation de cinq minutes à la veuve d’un militaire qu’il avait envoyé au Yémen tuer des enfants –, saute sur l’occasion, verse une demi-larme pour la souffrance de ces «beaux bébés» et menace: «Aucun enfant de Dieu ne devrait être soumis à une telle horreur.»

Décrétant «que personne ne peut disputer le fait que la Syrie a utilisé des armes chimiques interdites», le menteur en chef envoie des missiles sur la Syrie et quelques jours plus tard, il lâche une mère de toutes les bombes sur l’Afghanistan. Ce faisant, il viole bassement le fondement du droit international – dont la charte de l’ONU – qui n’autorise le recours à la force militaire par un Etat souverain contre un autre qu’en cas de légitime défense. Selon ce scénario, les macabres silences et les réjouissances solidaires renforcent et donnent légitimité à ladite violation.

Scénario B. En réaction aux horribles images et aux appels à l’indignation, le chef de l’Etat le plus puissant au monde convoque d’urgence une réunion du Conseil de sécurité, y fait rapport de sa conviction de la culpabilité des autorités gouvernementales syriennes, en apporte éventuellement les preuves, et met la Syrie et la Russie au défi à la fois de donner des explications et d’accepter une résolution pour la mise sur pied d’une enquête internationale d’urgence réellement impartiale (sinon…). Il rassemble les bonnes volontés pour tenter d’«aider» le représentant russe à ne pas opposer de véto. Et il profite de l’occasion pour faire amener davantage d’aide humanitaire dans ce pays. Dans le même temps, il convoque le gouvernement syrien devant l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques – dont la Syrie est membre depuis 2013 –, pour une explication experte.

Deux scénarios. Choisissez celui qui serait le moins barbare en réponse aux indicibles questions posées par cette horrible attaque.

David Broman