International / Les clésde Mossoul

Ah, si Hannibal avait foncé sur Rome après sa victoire au lac Trasimène, le sort du monde en aurait été changé. Et si George Bush et son gouvernement de pétroliers n’avaient pas décidé d’aller mater Saddam Hussein et ses puits, en représailles falsifiées du 11-Septembre, le Moyen-Orient ne serait peut-être pas la pétaudière qu’il est aujourd’hui.

Tout est dans le «peut-être», parce qu’on comprend très vite, dans ce monde, que rien ne tourne conformément aux prévisions. Les va-t-en-guerre ont beau étaler leurs certitudes, la réalité ne s’accommode que rarement des prévisions stratégiques… surtout quand elles annoncent une victoire éclair. Les sacrifiés des tranchées de 14-18 en savent quelque chose.

Il y a donc de quoi s’inquiéter quand, le 16 octobre dernier, la bataille de Mossoul est lancée un peu comme on donne le coup d’envoi d’un match de football, avec cette indécence qui sied aux opérations militaires médiatisées. La diabolisation des fous d’Allah éclipse facilement les considérations humanitaires.

Quelques coups de canons, des opérations en zone encore rurale autour de la ville défendue par quelques milliers de fanatiques, mais peuplée par beaucoup plus d’innocents, et puis un certain calme hivernal, troublé par le rythme lancinant de dépêches éparses.

Cinq mois plus tard, Mossoul n’est toujours pas tombée. Mais, par la vertu d’un regain des combats, on recommence (enfin) à parler de la capitale asservie par l’Etat islamique autoproclamé.

Si, militairement, les opérations évoluent favorablement pour la coalition, avec la reconquête de l’essentiel de la partie est de la cité coupée par le Tigre, le sort de plusieurs centaines de milliers de civils est aussi préoccupant qu’il peut l’être après un long siège: manque de nourriture, insuffisance de soins, absence d’eau potable.

Et malgré la réduction de la surface occupée par les djihadistes, la prise de la vieille ville et de ses recoins piégés ne se fera pas sans pertes majeures et sans victimes collatérales. L’énergie du désespoir est souvent la plus forte.

A chaque guerre ses symboles. Après Ben Laden et le mollah Omar, on adorera la traque du chef du groupe terroriste, Abou Bakr al Baghdadi. D’après les services de renseignement, l’homme aurait fui et se consacrerait aujourd’hui essentiellement, non à la prière, mais à sa survie… pour peu qu’il soit toujours vivant.

Qu’à cela ne tienne: l’EI détient toujours des zones importantes et a exporté sa guerre en Afrique. La chute de Mossoul sera une étape. Et le monde restera une pétaudière.

Thierry Nelissen

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