Inodore / Brésil-Luxembourg: les affres de la mondialisation

Olivier Tasch / Le constat est assez stupéfiant, voire effrayant: la récente victoire du candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro, aura, peut-être, un aspect positif. Celui de mettre le géant d’Amérique du Sud sur le radar des préoccupations occidentales. Le bruit des bottes sert de piqûre de rappel. L’adage veut que l’Amazonie soit le poumon vert de la planète. Et c’est, à ce titre, un bien commun de l’humanité. Pourtant, depuis des décennies, on ne se préoccupe guère de l’appétit des multinationales qui procèdent à des coupes claires dans la jungle.

Lorsque les présidents successifs, Lula, Dilma Rousseff et Michel Temer, signaient des contrats de projets pharaoniques peu respectueux de l’environnement et des peuples indigènes, la bienséance, doublée de bien-pensance, poussait les Occidentaux à ne pas piper mot. Maintenant que l’on peut attribuer à l’extrême droite la destruction de l’Amazonie, gageons que l’indignation sera générale. D’autant plus qu’avec Bolsonaro, outre l’insupportable virage politique que prend le pays, les ravages vont s’accélérer puisqu’il a promis de faciliter la vie des géants de l’agrobusiness qui rêvent de transformer l’Amazonie en champ de soja.

Quel rapport avec le Luxembourg? Odebrecht, par exemple. Le groupe industriel brésilien est pointé du doigt par l’ONG luxembourgeoise Action Solidarité Tiers Monde (ASTM). Odebrecht s’est notamment fait connaître pour avoir graissé la patte à tout-va afin d’obtenir toutes sortes de juteux contrats. Sa «générosité» envers l’élite sud-américaine – entre pots-de-vin et contributions occultes aux partis politiques – se chiffrerait à quelque 2,8 milliards d’euros. Et comme toute multinationale qui se respecte, Odebrecht est aussi installée au Luxembourg. Pour l’ASTM, la présence des filiales luxembourgeoises qui servent à financer, entre autres, la construction de barrages hydroélectriques – comme celui de Belo Monte sur un affluent de l’Amazone – est plus que discutable. Car sur ces projets planent non seulement un parfum de corruption mais aussi celui du prix faramineux payé par l’environnement et les populations locales.

En somme, continuer de dérouler le tapis grand-ducal à ce type d’entreprises n’est pas cohérent avec le discours écologiste qui fait tant recette. L’argent n’a-t-il vraiment pas d’odeur?