Indignation / Les inégalités se creusent

Jacques Hillion / La publication du traditionnel rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales, juste avant la tenue du Forum économique mondial de Davos, confirme, une fois de plus, que le monde marche sur la tête. Rien de nouveau pourtant dans les données publiées par l’ONG: les classes dominantes sont moins nombreuses que les classes laborieuses, que ces dernières aient ou non du labeur d’ailleurs.

Pourtant, en 2018, ce sont les effectifs des uns et des autres, leurs proportions, qui frappent les esprits. Ou plutôt leurs disproportions. Vingt-six personnes détiennent autant de richesses que les 3,8 milliards d’êtres humains les plus pauvres. La moitié de l’humanité!

Ces milliardaires étaient quarante-trois l’année précédente. Est-il nécessaire de souligner, pour porter l’indécence à son comble, que la fortune de ces ultra-riches a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018? Si la méthodologie employée par l’ONG est décriée par certains économistes, la démesure est telle qu’elle ne peut susciter que l’indignation. Ces chiffres dépassent tout entendement.

L’accaparement des richesses est le maître mot que même les politiques n’osent remettre en question. Et ce, même si un de leurs principaux rôles est de penser et d’organiser la redistribution des richesses qui passe par des éléments aussi essentiels que l’accès à l’eau potable, à l’hygiène, à l’école ou encore à la médecine.

Pour Oxfam et sa directrice, Winnie Byanyima, la solution passe par la taxation des riches afin de financer les services publics. Or, depuis la crise financière, non seulement le nombre de milliardaires a doublé mais les politiques de dérégulation ont surtout alimenté la montée des inégalités. C’est cette politique néolibérale qui nourrit le populisme et le dégagisme, lesquels traduisent une colère qui remet directement en cause les démocraties.

L’un des éléments de réponse est la justice fiscale. Oxfam estime que la part de la fortune des riches qui échappe à l’impôt s’élève à 7.600 milliards de dollars… et que la réduction des inégalités passe par des services publics universels et gratuits. Si certains estiment que les colères populaires qui éclatent ici ou là signent la fin du modèle néolibéral, il est aussi indéniable que les gouvernants ont les moyens de lutter contre des inégalités aussi indécentes.

A condition de le vouloir!