Incertitudes / Coup de cœur

Que va devenir toute cette neige qui a réussi à paralyser la vie dans tant de régions de montagne et de sports d’hiver? Alors qu’elle y a pris le dessus de manière vraiment inquiétante, le moment viendra où elle va fondre et entraîner dans ses flots d’inquiétantes inondations.

Une fois de plus, les forces de la nature nous démontrent leur puissant pouvoir en ce début d’année, en nous rappelant que nous sommes finalement bien peu de chose dans l’immensité insondable de l’univers.

Avec l’âge, je m’interroge de plus en plus sur l’éventualité d’une vie après la mort ou plutôt d’une immortalité de l’âme.

Comme personne, parmi ceux qui ont quitté ce monde depuis des temps immémoriaux, n’est revenu pour nous le confirmer, je reste plutôt très sceptique.

De là à avoir peur de la mort, même si l’idée ne me réjouit pas trop, je me dis avec d’autres plus érudits que moi, que depuis la création du monde, il y a eu tellement de milliards d’êtres humains qui sont morts, que celle-ci ne doit pas être inhumaine. Mais qu’est-ce qui nous attend ensuite?

Je me souviens dans ce contexte d’un haut responsable politique socialiste, franc-maçon et non pratiquant tout au long de sa vie, qui, hospitalisé et sentant sa fin proche, a fait venir l’archevêque afin de prendre, pour ainsi dire, in extremis, un billet d’entrée au firmament au cas où, contre toute attente, celui-ci devait exister.

Je me souviens aussi d’un de ses collègues qui, lors d’une audience du pape, a fait le signe de croix, les larmes aux yeux, en me confiant, voyant mon étonnement, que cela ne pourrait certainement pas nuire pour le repos de son âme!

Philippe Bouvard, qui va bientôt avoir 90 ans, appelé à cause de son humour caustique et de son impertinence «saint Philippe des rosseries», avouait récemment que le travail a toujours été pour lui une fuite en avant contre l’idée de la mort.

Eternel angoissé, il vient de réussir au fil des ans, à dédramatiser la mort, alors que ça reste la seule certitude de la vie et que, pour lui et tant d’autres – et je n’en suis pas trop loin non plus – elle approche à pas de géant.

J’aimerais bien, comme lui, me regarder vieillir avec curiosité, comme si c’était un autre. Alors qu’il avoue ne pas avoir de conviction religieuse particulière, Philippe Bouvard reconnaît être agnostique, puisqu’il cherche! Mais comme il ne trouve pas, il dit être au même point que l’athée. Au moment où il était prêt à croire, l’Eglise a admis la crémation et il s’est dit avec un brin d’humour: «Dans quel état va-t-on aborder la résurrection!» Ne croyant plus à rien depuis, il sent quand même désormais une utilité psychologique à trouver un minimum de foi.

Et si quelqu’un comme lui, et tant d’autres, continuent à se poser des questions sur une vie après la mort, je devrais en faire de même.

Et peut-être commencer à m’y préparer plus sérieusement!

Pierre Dillenburg