Incertain

OLIVIER TASCH/ En ces temps instables, qu’il est difficile de faire de la prospective! L’avenir est incertain, c’est une lapalissade. Et s’il est sans doute plus sage d’estimer l’instant présent, il ne faut pas pour autant mépriser l’avenir. Et ceux qui tentent de s’y projeter. A cet égard, le sondage d’opinion est un instrument qui, malgré tout le mal qu’on peut en penser, reste utile. A condition qu’on ne prenne pas les résultats pour argent comptant.

La prospective, ce n’est évidemment pas uniquement le sondage. Les études sur l’avenir pleuvent, et lorsqu’on s’y replonge a posteriori, avec le recul nécessaire, on y voit des éclairs de génie ou, à l’inverse, un plantage en bonne et due forme. Le plus souvent, on y trouve un peu des deux. Ces études ou réflexions, estampillées «prospectivistes» ou non, doivent donc, un peu comme les sondages d’ailleurs, nous servir de boussole et aiguiser notre réflexion.

C’est un peu dans cet esprit que s’est inscrit, par exemple, le débat sur un Luxembourg avec un million d’habitants (lire). Peu importe la réalisation ou non de cette envolée démographique, y réfléchir nous permet d’aborder, en amont, des questions qui risquent de devenir prégnantes.

A une autre échelle, celle du monde, une nouvelle étude de PwC établit un classement des 32 économies les plus puissantes et qui représenteront 85% du PIB mondial d’ici 2050. Elle est assez éclairante sur la tendance à venir. Le top dix: Chine, Inde, Etats-Unis, Indonésie, Brésil, Russie, Mexique, Japon, Allemagne et Royaume-Uni. On notera que selon ce scénario, en 2050, six parmi les sept économies les plus fortes sont, aujourd’hui, classées comme «émergentes». On remarquera aussi que la France ne figure pas dans le top 10 – elle est douzième, derrière la Turquie. De plus, seuls cinq pays de l’UE figurent dans la liste (six si l’on continue d’y inclure le Royaume-Uni…). Cette étude montre à quel point nos pays européens, pris individuellement, sont des nains. Et même si l’on prend l’UE27, sa part du PIB mondial pourrait passer sous la barre des 10% d’ici 2050, chiffre estimé aujourd’hui à 15%.

L’actuel président de la Commission, Jean-Claude Juncker, promet une facture salée aux Britanniques pour leur sortie de l’UE. Brexit mis à part, celle que l’Europe aura à son propre passif risque elle aussi d’être colossale si elle ne décide pas enfin de se réveiller. Notre compatriote n’accompagnera pas le mouvement. Il l’a d’ailleurs annoncé voilà une dizaine de jours: à la fin de son mandat en 2019, il ne remettra pas le couvert.

Son Europe, celle de Maastricht, du lancement de l’euro, est finissante.
Finissante, mais pas pour autant agonisante. Loin de là. Mais peut-être doit-elle assumer pleinement un projet à deux vitesses, avec d’un côté les Etats favorables à une plus grande intégration, de l’autre ceux qui préfèrent temporiser. Un modèle que défend le Benelux, qui a publié un mémorandum allant dans ce sens au début du mois. Cette «nouvelle» Europe, ou cette nouvelle étape dans la construction européenne, est en grande partie suspendue aux résultats électoraux des prochains mois. Et en particulier à la réussite de formations europhobes. Aux Pays-Bas, en mars, le parti islamophobe de Geert Wilders pourrait arriver en tête des élections législatives, mais aurait toutefois peu de chances de former un gouvernement. En France, la poussée de Marine Le Pen est des plus inquiétantes mais, là encore, personne n’ose croire à son accession au pouvoir. Un Macron, un Fillon ou un Hamon seront-ils capables d’incarner le nécessaire sursaut européen de la France?

En Allemagne, les eurosceptiques de l’AfD ne troublent pas encore le jeu politique. Mais outre-Moselle, on pourrait connaître un grand changement avec, pourquoi pas, un ancien président du Parlement européen au poste de chancelier. Une bonne nouvelle? Le présent est court, l’avenir incertain, le passé seul est assuré…