Idiots utiles/ La démocratie à l’épreuve de Facebook

Olivier Tasch / A quoi sert Facebook? Question d’autant plus complexe que le réseau social semble être en mutation permanente. Le rôle que l’on donne à ce qui est désormais considéré comme le premier «média» planétaire est de plus déroutant.

Au départ simple trombinoscope universitaire créé par un adolescent génial, puis instrument de communication et d’expression de soi, il est devenu aujourd’hui un outil politique à dimension globale. A 34 ans, Mark Zuckerberg, désormais milliardaire, semble être à la tête d’un empire aux airs orwelliens qui apparemment lui échappe.

Hier, Facebook passait encore pour un formidable outil de démocratisation, un espace d’expérimentation politique, de libération. Les printemps arabes n’auraient pas été ce qu’ils furent sans le réseau social, au point que l’on parle de «révolution Facebook» pour décrire la contestation populaire qui a émergé dans de nombreux pays arabes. Le réseau social est alors le lieu de la liberté d’expression, de la circulation des idées, de la participation et permet le débat public dans des sociétés où il est muselé. Aujourd’hui, pour Zuckerberg, c’est le moment du grand pardon. En cause, le siphonnage de données de millions d’utilisateurs de Facebook par une société tierce aux intentions peu louables dans la perspective du Brexit et de l’élection présidentielle américaine.

Le CEO s’est donc excusé devant les parlementaires de son pays en avril avant de venir, ce 22 mai, chercher l’absolution devant les parlementaires européens. Mais le mal est fait. Facebook n’est plus vraiment associé à de nobles valeurs de liberté et de démocratie, mais bien à l’exact contraire. Facebook est aussi désormais synonyme de «fake news» et de manipulation d’élections démocratiques. Et l’on peut légitimement se demander si Trump aurait pu être élu sans les opérations d’intoxication tolérées par
Facebook.

La critique du réseau social– lequel revendique plus de deux milliards d’utilisateurs actifs chaque mois– n’est pas nouvelle mais prend une résonance plus importante. Elle permet notamment de s’interroger sur sa gratuité. Car comme le dit l’adage: «Quand c’est gratuit, c’est vous le produit!». En l’occurrence, le «produit», ce sont les données des utilisateurs qui sont, de surcroît, les producteurs de ces données…

Mais au fait, à quoi sert Facebook?