Idéal européen / Faillite de la gauche et retour de l’extrême droite

Olivier Tasch / Partout en Europe, l’inquiétude face à l’infâme mélodie du bruit des bottes semble se dissiper depuis quelques années. Aujourd’hui, l’extrême droite est de retour aux affaires en Autriche, un peu dans l’indifférence générale. Le cordon sanitaire voulu par les Européens face à l’Autriche en 2000, lorsque l’extrême droite y faisait une percée, n’est qu’un lointain souvenir. Plus personne, comme l’avait déclaré à l’époque le Belge Louis Michel, pour qualifier d’«immoral» le fait d’aller skier en Autriche. Cela pourrait prêter à sourire, mais l’heure n’est pas à la fête car les idées véhiculées par l’extrême droite font visiblement salon et seraient devenues convenables.

Le président de la Commission européenne se refuse à «tout préjugé» sur le nouveau gouvernement du chancelier conservateur qui va gouverner avec Heinz-Christian Strache, dangereux personnage ayant notamment pour fait d’armes, en 2008, une manifestation, croix en main, contre l’agrandissement d’un centre islamique à Vienne.

Le climat islamophobe aidant, on ne voit donc pas d’un trop mauvais œil ceux qui fantasment une Europe que l’on voudrait affubler de racines blanches et chrétiennes. On a beau jeu de condamner à tue-tête un Trump soutenu par les suprémacistes blancs mais, lorsqu’il s’agit de pays européens, il n’y a visiblement plus grand monde pour balayer devant la porte.

Des œillères sont également mises lorsqu’on se tourne vers l’Hexagone pour s’extasier devant un Macron président d’une France où le FN a raflé 33,9% des voix au second tour de la présidentielle. Pays où l’on oublie bien vite, à l’égard des migrants notamment, le sens de ce noble mot qu’est la fraternité, pourtant affichée sur le frontispice des mairies. Chez nous, fort heureusement, les idées d’extrême droite n’ont pas trouvé de personnage à l’habileté rhétorique suffisante pour rassembler. Mais il ne faut pas se voiler la face, le terrain est fertile.

On évoque souvent la dégringolade de la social-démocratie, laquelle s’est trop compromise avec un capitalisme financiarisé à outrance. En cédant sur les idées, sur la vision d’une Europe ouverte, elle a ouvert une voie royale à l’extrême droite. Laquelle, trop souvent, trouve dans la démocratie chrétienne une alliée de choix pour gouverner.

L’urgence n’est donc pas de réinventer un idéal européen, mais de lutter contre ceux qui veulent le détruire. Les sanctions européennes contre la Pologne en raison du «risque manifeste d’atteinte à l’Etat de droit» que représentent les réformes de son système judiciaire sont peut-être un début.