Historique / Le nouveau visage du Luxembourg

Olivier Tasch / Longtemps le Luxembourg fut invariablement considéré comme un pays profondément conservateur. Pourvu que l’église fût au milieu du village, et l’honneur restait sauf. Fort heureusement, les temps changent. Ceux qui considèrent la formation d’un gouvernement, en 2013, sans le parti chrétien-social, comme un accident de parcours doivent revoir leur discours. L’année écoulée illustre et consacre la profonde mutation sociétale du pays. La coalition gouvernementale inédite de 2013 a réussi à se maintenir lors des législatives. Même s’il souffre d’un certain flou sur bien des points, l’accord trouvé est truffé d’alléchantes promesses. L’annonce de la gratuité des transports publics a déjà été un formidable coup de «nation branding», sa mise en œuvre s’accompagnera à long terme d’une évolution des mentalités.

Le modèle largement fantasmé de la famille habitant la «maison libre quatre côtés avec deux garages» est voué à devenir rapidement une aspiration dépassée. Les mentalités évoluent très lentement, mais le train est en marche et à pleine vitesse. Bien des réformes ont été menées comme l’autorisation du mariage entre deux personnes de même sexe ou la sortie de l’IVG du code pénal. La coalition reconduite entend, outre le fait de rendre le transport public gratuit, augmenter le salaire minimum de 100 euros et dépénaliser, voire légaliser, l’usage récréatif du cannabis.

Moins commentées, sans doute parce qu’elles ne touchent qu’une minuscule frange de la population, les avancées en matière de filiation. La reconnaissance d’un enfant né d’une gestation pour autrui réalisée à l’étranger est au programme tout comme l’inscription des deux personnes de même sexe comme parents sur l’acte de naissance de l’enfant. De quoi ulcérer les partisans de la manif pour tous.

Mais les mentalités évoluent aussi parce qu’il n’est plus question de se voiler la face. On retiendra donc le courage du gouvernement de s’attaquer de front à la «question juive» avec le rapport Artuso sur la persécution des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Car là aussi, on touche au narratif conservateur d’un Luxembourg immaculé, sans zones d’ombre. Osera-t-on un jour profondément s’interroger sur l’histoire de la guerre froide au Luxembourg? Celle-là même qui fait planer un doute sur l’affaire du Bommeleeër?

Rien n’est moins sûr…