Histoire du temps présent: Adieu, CVCE!

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Les députés votent ce 20 janvier la dissolution du Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe et son intégration dans l’Université du Luxembourg. A terme, le CVCE doit faire partie de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP). La date du 1er juillet 2016 a été annoncée.

La création de ce centre interdisciplinaire est inscrite dans le programme gouvernemental. Le nouvel institut, « sera fondé sur des noyaux de compétences existants », et devra « rassembler les efforts éparpillés » et créer « des synergies dans le domaine de la recherche sur l’histoire du Luxembourg des XXe et XXIe siècles ». En juin dernier, le gouvernement a décidé de confier cette création à l’université. A côté du CVCE, le Centre d’études et de recherches Robert Schuman, le Centre de documentation et de recherche sur la Résistance et le Centre de documentation et de recherche sur l’Enrôlement forcé devraient rejoindre l’Institut.

Le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE) a vu le jour dans le sillage du traité de Maastricht et des débats afférents au début des années 1990, qui ont montré la nécessité de disposer de documents historiques indépendants sur l’intégration européenne. L’idée était innovante, tout comme le choix de la forme numérique pour diffuser les fruits de cette recherche. La base légale a suivi en 2002 et le CVCE fonctionne sous forme d’établissement public, par le biais de conventions avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Déménagement à Belval

Aujourd’hui, il dispose d’un budget de 3,8 millions d’euros par an (chiffre de 2014), dont 3,4 millions financés par l’Etat et occupe une quarantaine de personnes, historiens, experts en droit, en sciences sociales, informaticiens… Toute l’équipe sera reprise par l’université.

L’intégration à l’université signifie d’abord un déménagement, puisque le CVCE quittera le romantique château de Sanem pour la Maison des sciences humaines à Belval. Les modalités de ce déménagement ne sont pas encore connues, pas plus que les détails de la coopération avec l’université ou l’Institut d’Histoire du Temps Présent. Surtout que ce dernier embrassera une « envergure thématique (…) différente de celle du CVCE, qui se concentre sur le processus de l’intégration européenne (sans accent particulier sur le Luxembourg) ». L’IHTP a en effet pour mission d’explorer l’histoire luxembourgeoise, les études européennes et les humanités numériques. Sur ce dernier point le CVCE a développé un solide savoir-faire.

«Il y a encore beaucoup d’inconnus » concède Isabelle Voegeli, en charge de la communication du CVCE. «En principe, toute l’équipe et tous nos projets de recherche seront repris. Idem pour les conventions, les partenariats ou les droits intellectuels détenus par le CVCE.» L’important étant de conserver les acquis. Comme les 1,6 million de documents consultés sur la base de données numériques amassées par le Centre.

Parmi les projets de recherche, Isabelle Voegeli cite « Pierre Werner et l’Europe », qui porte sur l’œuvre et la pensée européennes de Pierre Werner, ancien Premier ministre, ministre des Finances et ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, reconnu comme l’un des architectes de l’Union économique et monétaire. Ou encore RESuME – Ressources sur le modèle socio-économique de l’UE, financé par la Commission européenne.

Un institut très discuté

Au cours des débats à la Chambre, c’est l’Institut d’Histoire du Temps Présent qui a concentré les passions. Le CSV a réclamé une interpellation pour avoir « un débat fondamental sur ce qui a déjà été fait en histoire contemporaine au Luxembourg », pour faire la somme de ce qui existe et ce qu’il faut encore accomplir. « Nous risquons de défaire quelque-chose sans savoir où va le voyage » résume Serge Wilmes. C’est pourquoi le CSV choisit de s’abstenir lors du vote.

Claude Adam (Déi Gréng) admet que le principe d’intégrer ce nouvel institut dans l’université, « n’a pas vraiment été discuté jusqu’ici ». Même s’»il y a une série de bonnes raisons de rejoindre cette institution forte»… L’accord gouvernemental ne précisait pas cette intégration, ni la forme de ce centre interdisciplinaire.

Prudemment, Taina Bofferding (LSAP) met en garde de ne pas perdre de vue l’objectif qui est de «créer une culture de la mémoire objective qui transmet des valeurs démocratiques». L’université, institution indépendante, ne devrait pas en dévier, «pour des raisons de personnel ou de finances».

L’histoire contemporaine fait débat, pas seulement entre historiens.

« Je me réjouis qu’on parle la création de cet Institut de façon controverse dans les mois à venir » a conclut le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. « C’est ce dont le pays, dont l’université a besoin ». Marc Hansen en a profité pour préciser que les travaux préparatoires sont en cours à l’université, qui vient aussi de lancer, au niveau international,  le recrutement du directeur du futur Institut d’Histoire du Temps Présent. L’appel à candidatures sera prochainement publié dans la presse nationale.

Le projet de loin supprimant le CVCE a été adopté avec 34 voix (DP, LSAP, Déi Gréng, Déi Lénk) contre 3 (ADR) et 23 abstentions (CSV).

Laurence Harf