Héroïsme

Marie-Anne Lorgé / Moult fois prédite – et même annoncée entre le 23 septembre et le 5 octobre 2017 –, la fin du monde n’a pas eu lieu. De quoi aspirer bien fort,

apprécier cette période de grande douceur, cet air d’été – qualifié d’indien, mémorablement gravé par Joe Dassin – en passe déjà d’expirer.

En tout cas, ici, loin des terres que bousculent les cyclones et les feux, loin des frontières tracées à la latte, on a pu glaner les pommes de terre, presser ce qui n’est plus bon à croquer, toiser les

hêtres, fouler les bogues ou – tout dépend des bottes de son héroïsme quotidien –, aller voir la mer avant que l’horizon s’enrhume.

Et la mer, qui n’a plus rien du monde du silence de Cousteau, est aussi cela qui, souvent, fait ressurgir un pays du silence. Il y a le pays qui dit la géographie déchirée d’une histoire familiale. Et il y a le pays sans territoire, propre à l’enfance. C’est dans ces eaux-là que rame le roman d’Alice Zeniter, L’art de perdre, qui scrute les paris ou la loi des chiffres prévalant dans le choix du Goncourt (fin du suspense le 6 novembre).

C’est aussi dans ces eaux-là que Bernard Pivot monte au créneau. Lui qui, enfant, ne posait aucune question ou qui, s’en posant, ne recevait aucune réponse, affirme qu’«un enfant qui prend un livre, c’est de l’héroïsme». «Un geste fort de subversion» qui, chaque année… attendrait l’automne.