Héritage Hallyday: décision vendredi sur le gel des avoirs du rockeur et son ultime album

Gel des biens immobiliers et des droits artistiques de Johnny Hallyday, droit de regard sur son ultime album: le tribunal de Nanterre rend sa décision vendredi, à la demande des aînés du chanteur, dans l’attente d’un règlement sur le fond de sa succession.

Le 30 mars, les avocats de Laura Smet et David Hallyday ont tenté de convaincre la chambre des référés du tribunal de grande instance de l' »urgence » à geler les avoirs du rockeur, décédé en décembre. A l’audience, leurs avocats avaient dit leur perplexité devant le montage financier entourant la fortune de l’ex-« idole des jeunes », Jean-Philippe Smet à l’état civil. Ce dernier avait en effet mis en place en Californie -où il possédait deux biens immobiliers et résidait au moins la moitié de l’année depuis une décennie- deux « trusts », structures juridiques complexes de droit américain. L’un, JPS Foreign Asset, réunissait tous ses avoirs détenus à l’étranger tandis que JPS réunissait tous les autres. A son décès, et conformément à son dernier testament rédigé en 2014 aux Etats-Unis, tous ses avoirs se sont fondus en un seul trust, au seul bénéfice de Laeticia, sa veuve, et à la disparition de celle-ci, de leurs deux fillettes adoptives, Jade et Joy.

La charge de « trustee » (gestionnaire), que Johnny Hallyday occupait jusqu’à sa mort, est depuis revenue à la banque américaine Bank of America, qui a accepté ce rôle le 6 avril, a-t-on appris par l’entourage de Laeticia. Quid du rôle exact joué dans tout cela par Laeticia, également désignée comme « exécuteur testamentaire » par son mari, s’étaient interrogés les avocats de David et Laura Smet à l’audience. Elle n’est que la bénéficiaire de ce trust a rétorqué son conseil Me Amir Ardavan-Aslani. Pour Me Pierre-Jean Douvier, l’un des avocats de David Hallyday, il y a en tout cas « urgence à agir avant la mise en trust des biens » car « une fois les actifs mis en trust, on se retrouve devant un coffre-fort ».

A l’audience, son autre avocate Carine Piccio s’était, elle, évertuée à montrer le côté « manipulateur » de « Mme Boudou » (nom de jeune fille de Laeticia Hallyday) et de sa famille, au préjudice selon elle des enfants nés de deux premiers lits. Les dispositions testamentaires successives du chanteur « vont effectivement dans une seule direction, vers sa femme », mais « est-ce que c’est interdit, immoral? », avait rétorqué l’avocat de sa veuve. Le trust JPS était pensé pour « protéger Laeticia et ses enfants » et « toute cette affaire n’a qu’un objectif: asphyxier financièrement Laeticia et contraindre cette femme et ses deux enfants mineures à léguer ce que Johnny ne voulait pas léguer », avait déploré le conseil après l’audience.

Car pour lui, Johnny Hallyday avait déjà bien doté de son vivant ses enfants adultes, Laura, 34 ans, et David, 51 ans. Outre son patrimoine, les aînés du chanteur ont également demandé à écouter l’ultime album du « Taulier », resté en partie inachevé, au nom d’un « droit moral » qu’ils auraient sur l’oeuvre posthume de leur père. Le rockeur a travaillé une grande partie de l’année 2017 sur ce 51e album studio, qui doit sortir courant 2018. Une dizaine de chansons ont été enregistrées, mais « non mixées » avant sa mort, avait souligné Me Piccio. « Ce que nous demandons, c’est de pouvoir écouter (l’album) et après avoir écouté, éventuellement d’en tirer des conséquences », avait expliqué le 30 mars Me Emmanuel Ravanas, avocat de Laura. A l’audience, Warner Music France, la maison de disque de Johnny Hallyday, y a cependant opposé une fin de non-recevoir. Au tribunal de trancher vendredi. Les avocats des parties, sollicités par l’AFP, n’ont pas souhaité s’exprimer avant cette décision. David et Laura ont parallèlement engagé une procédure sur le fond pour dénoncer le caractère illégal des dernières volontés de leur père qui, selon eux, les « déshéritent ». Celle-ci pourrait cependant prendre des années.

 

Laeticia Hallyday: « On me vole mon deuil. On me roue de coups »

« On me vole mon deuil. On me roue de coups », déclare Laeticia Hallyday dans une longue interview au Point, en plein coeur d’une bataille judiciaire pour l’héritage de Johnny Hallyday qui l’oppose aux aînés de la star, David Hallyday et Laura Smet.

« On nous assigne, mes filles et moi, en précisant bien que nos enfants sont des +enfants adoptées+. C’est d’une violence ! », s’insurge Laeticia Hallyday dans sa première prise de parole depuis la mort de la star le 5 décembre. « Mon mari n’est plus là pour dire sa vérité. Auraient-ils osé faire cela du vivant de leur père? », interroge la veuve de Johnny Hallyday qui a fêté ses 43 ans le mois dernier et est repartie vivre à Los Angeles avec ses deux filles, Jade et Joy, après avoir enterré son mari à Saint-Barthélémy.

Vendredi, un premier épisode judiciaire va se terminer. Le tribunal de Nanterre va rendre sa décision sur le gel des biens immobiliers et des droits artistiques de Johnny Hallyday, ainsi que sur le droit de regard sur son ultime album, réclamés par les deux aînés du chanteur. Le règlement sur le fond de sa succession interviendra bien plus tard. David Hallyday et Laura Smet contestent le testament californien de leur père qui les déshérite. Pour Laeticia Hallyday, Johnny « estimait qu’il avait fait des donations de son vivant et que ça les protégeait. David a construit sa vie, il a plus de 50 ans, il a fait un beau mariage, c’est un artiste reconnu. Pour Laura, de la même façon, il l’a aidée quand elle en a eu besoin. Pour lui, ils étaient sortis d’affaire ». Laeticia Hallyday assure n’avoir rien à voir avec la décision de son mari. « Mon homme n’étant plus là pour répliquer, on m’accable, on me fait passer pour celle que je ne suis pas », déplore celle dont l’image a été écornée depuis le début de la bataille judiciaire. Interrogée sur son père André Boudou, elle assure que « les liens se sont distendus depuis des années », et en profite pour ajouter qu' »il n’y a pas de clan Boudou! C’est un fantasme monté de toutes pièces ». Quant au fameux trustee dont dépend l’héritage de Johnny Hallyday, elle affirme bien en être « bénéficiaire, avec mes filles », mais assure: « le patrimoine doit être préservé et je ne décide de rien ». Et de marteler que de son vivant, c’est Johnny Hallyday « qui décidait ». « Ce que mon mari ne voulait pas, c’est qu’on discute de ses consignes et de ses choix », affirme-t-elle à propos de l’album posthume que tous ses fans espèrent voir enfin sortir cette année. David et Laura « essaient de dire qu’il n’est pas terminé. De quel droit ? Chacun sait désormais que Johnny a, de son vivant, approuvé chacune des chansons. Il a autorisé leur diffusion par la maison de disques. David et Laura ont écouté la plupart d’entre elles. Après, on peut leur refaire écouter à la maison, en famille, évidemment ». Revenant sur le combat mené l’an passé par Johnny contre la maladie, elle décrit la grande souffrance physique de la star, opérée à plusieurs reprises, avant de succomber à bout de forces à 74 ans. Malgré le procès, Laeticia Hallyday l’assure, elle « ne demande que la paix » avec David et Laura. « Je les attends à bras ouverts. On est une famille ! Comprenez-moi: je serai, un jour, prête à pardonner. »