Harcèlements / De l’ecole

Ne nous leurrons pas, l’école est elle aussi un lieu de harcèlement, ou du moins elle l’a été. Harcèlement raciste de la part de quelqu’un que je n’ai jamais considéré comme mon collègue quand il s’adressait à des élèves d’origine perse en les nommant «Khomeiny», alors que leurs parents avaient fui l’Iran après la prise du pouvoir par l’imam.

Harcèlement sexiste de la part du même membre du corps enseignant quand il terrorisait de toutes jeunes filles. Et il faut bien dire que, malheureusement, il n’était pas le seul à se comporter de cette manière. Bien sûr, la plupart du temps, les victimes se taisaient, ou, quand elles se confiaient à quelqu’un, c’était sous le sceau du secret.

J’avoue ignorer si de véritables harcèlements sexuels existent (ou ont existé) à l’école. Au grand jamais je n’ai été informé d’un tel méfait. Pourtant, je serais fort étonné que l’école soit à l’abri du phénomène. Les Weinstein et consorts ont profité de leur situation de dominants, menaçant de ne plus embaucher telle ou telle actrice. J’ose espérer qu’à l’école jamais il n’y ait eu en plus un chantage à la mauvaise note!

Dans ce sens, il est heureux que la parole se libère de nos jours et que la honte change de camp.

Qu’il y ait donc aujourd’hui des manifestations où les femmes divulguent les instants traumatisants qu’elles ont subis ou qu’un #balancetonporc permette à ces mêmes victimes de nommer leurs bourreaux, cela constitue une victoire contre les machistes de tout acabit.

Il s’agit malheureusement de mettre un bémol. Je pense à la chanson de Reinhard Mey, Was in der Zeitung steht, et les réseaux sociaux jouent aujourd’hui le même rôle que les journaux il y a une trentaine d’années, quand est sortie la chanson. Qu’en est-il de la réputation d’un homme quand il a été accusé en public, mais à tort? Il se peut toujours que se mêlent des calomnies aux messages relatant la vérité. Et ce n’est pas un hypothétique procès qui pourrait rétablir l’honneur de celui qui a été accusé à tort.

Quand j’étais jeune professeur, je n’hésitais pas à me retrouver seul avec un(e) élève dans une salle à la porte fermée, pour surveiller un test supplémentaire ou pour expliquer une règle qui n’avait pas été comprise.

Plus tard, j’évitais à tout prix des situations de ce type. Comment aurais-je pu prouver que je n’avais pas touché l’élève ou que je ne lui avais pas fait de propositions inconvenantes? Peut-être qu’un nouveau visionnage du film Les risques du métier d’André Cayatte m’avait fait peur.

La calomnie reste un moyen facile pour se venger de quelqu’un et un professeur sévère (je l’étais davantage à mes débuts qu’en fin de carrière), cela peut être celui dont on veut se venger, car une mauvaise note, un échec scolaire sont des événements traumatisants qui peuvent inciter à des réactions inconsidérées.

Oui, c’est vrai: les «porcs» doivent être balancés! Mais espérons que parmi celles qui balancent, il n’y en ait pas qui affabulent pour faire mal ou pour faire parler d’elles.

André Wengler