Guerre des mots

La fin de la guerre froide n’a vraiment pas réchauffé les relations entre Américains et Nord-Coréens, bien au contraire. Début 1990, ils étaient même passés tout près d’un conflit ouvert. La pierre d’achoppement se situait alors dans le refus de Pyongyang d’autoriser aux inspecteurs internationaux l’accès à ses installations nucléaires, comme l’exigeait le traité de non-prolifération.

La voie diplomatique a été préférée mais depuis lors, ils jouent au chat et à la souris. La Corée du Nord faisant mine d’emprunter la voie de la dénucléarisation tout en se gardant l’option de constituer un arsenal nucléaire.

Aujourd’hui, plusieurs facteurs contribuent à la joute verbale entre Washington et Pyongyang. Premièrement l’élimination des régimes irakien de Saddam Hussein et libyen de Kadhafi, qui capitalisaient sur l’acquisition potentielle du feu nucléaire. Ils n’y sont jamais parvenus et pour Pyongyang, la conclusion est simple: la survie du régime passe par le nucléaire. Le deuxième facteur, c’est le décès de Kim Jong-il en 2011 et l’arrivée de Kim Jong-un, sans conteste moins déférent que son papa à l’égard du bienveillant voisin chinois. Ce n’est donc pas surprenant si Pékin soutient la résolution de l’ONU de ce 5 août qui renforce les sanctions déjà imposées à Pyongyang.

Troisième facteur: la personnalité de l’occupant de la Maison Blanche. Les menaces de Pyongyang – la promesse de faire payer «un millier de fois» aux Etats-Unis les sanctions prononcées – ont titillé Trump. Les bravades envers son pays doivent cesser, sinon il promet d’opposer à la Corée du Nord une puissance de «feu et une fureur telle que le monde n’en a jamais vu». Un propos, si ce n’est inquiétant, à tout le moins fort déplacé alors que ces 6 et 9 août marquent les commémorations du largage des deux bombes atomiques sur le Japon. Et la surenchère continue. Kim Jong-un menace de faire feu autour de l’île américaine de Guam.

Enfin, cette surenchère est aussi due au fait que Pyongyang est désormais, ou en passe de devenir, une puissance nucléaire à part entière. Si c’est le cas, espérons que cela conduise, au pire, au statu quo. Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir de l’horreur d’Hiroshima et de Nagasaki, où en une fraction de seconde quelque 100.000 vies furent anéanties.
Olivier Tasch

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