Le grand Karl / Coup de cœur

Il n’est pas évident de trouver chaque semaine un sujet pour vous entretenir. A moins de suivre en permanence l’actualité mondiale, qui ne cesse de nous réserver des surprises dont beaucoup sont loin d’être agréables. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de vous entretenir pour une fois des «sagesses» et boutades d’un monstre sacré qui, apparemment, figure avec le pape et la reine d’Angleterre parmi les trois personnes les plus connues au monde. Celui qui, sous sa queue de cheval poudrée et ses lunettes noires, cache depuis si longtemps sa vraie nature et avoue être devenu une caricature, une marionnette, se révèle pourtant être d’une incroyable présence d’esprit et d’une rare sophistication intellectuelle dès qu’il daigne ouvrir la bouche. Son sens de la pointe et de la pique est légendaire. Il prétend l’avoir hérité d’une mère qui n’aurait rien eu à lui envier en termes de répartie. Faut-il s’en étonner alors que son fils prodigue, aussi caustique et paradoxal qu’elle, prétend qu’elle avait un tel aplomb que lui, à côté, raserait les murs!

Et ce que l’expert en «strong opinions» n’a pas hérité de sa mère, Karl l’a appris par sa longue fréquentation des lettres de la Palatine et de Julie de Lespinasse. C’est que Karl dévore les livres comme il s’est gavé longtemps, lorsqu’il avait l’air d’un petit cochon des Indes rondelet, de n’importe quoi. Il a des milliers et des milliers de bouquins qui –il les achète toujours en trois exemplaires! – l’entourent chez lui comme autant de tours de Babel. D’eux, Karl prétend: «Les livres sont une drogue dure avec laquelle on ne risque pas l’overdose!» Et si, selon lui, acheter des livres est une vraie maladie, il ne souhaite en aucun cas en guérir.

Depuis qu’il a fait de grands efforts pour maigrir, Karl suit un régime draconien – le seul jeu où, selon lui, on gagne en perdant – et ne boit du matin au soir que du Coca light. Son unique vraie ambition dans la vie aurait été de porter des jeans taille 30! Pour y arriver, il a un beau jour liquidé toute sa garde-robe pour la remplacer peu à peu par les tenues extravagantes qu’on lui connaît désormais et que lui seul peut porter sans paraître ridicule.

Malgré son incroyable et vraiment virtuose talent de créateur de mode, de styliste, de dessinateur et de photographe, Karl Lagerfeld dit de lui qu’il ne sait jouer qu’un seul rôle: le sien.

Voici donc quelques-unes des piques et pointes que l’icône Karl lance à tout bout de champ sans égards à d’éventuels «dégâts» et dont certaines sont de vraies leçons de vie:

«Qu’est-ce que c’est que cette façon obsessionnelle de vouloir toujours être collé à des gens? La solitude, c’est le plus grand luxe» ou encore «le luxe, c’est la liberté d’esprit, l’indépendance, bref, le politiquement incorrect».

Ou dans un autre genre: «La méchanceté est excusable si elle est spirituelle. Si elle est gratuite, elle est impardonnable.» Ou encore: «Les époques ont le mauvais goût qu’elles méritent» et «la laideur a évolué; la laideur intérieure importe plus que la laideur extérieure».

Et pour conclure – et je me rallie en cela tout à fait au prince-couturier – «penser que l’apparence ne compte pas aujourd’hui est un mensonge. Elle permet de vivre en harmonie avec soi-même.» De là à s’habiller comme Karl, il y aurait un grand pas à faire. Il faudrait avoir du courage et, surtout, perdre quelques kilos.

Pierre Dillenburg