Gourmandise

Marie-Anne Lorgé / J’avais mis mes souliers devant la fenêtre, aussi devant la porte – plus pratique pour le shopping de saint Nicolas –, et parfois juste un, comme pour couper la gourmandise en deux. Celle non pas de la mandarine, ni même du massepain, mais de la guimauve, une confiserie devenue littéraire (désormais éconduite par les dodus chamallows).
En témoigne Eugène Savitzkaya, auteur belge auréolé du Prix Rossel pour son livre Fraudeur, où, au milieu de gens qui trichent avec tout et tout le monde, un jeune garçon vit au plus près de l’odeur du foin et de la douceur des plumes de poules.
Donc, dans ses romans, Savitzkaya, obsédé par la résistance sensible, mélange le lait à la guimauve. Mais un peu de sucre sur les lèvres, et sitôt elles se ferment. Sinon, il y a les bouches avides, celles qui restent sur leur faim, celles aussi qui se blessent en léchant la lame du couteau; quant à l’amertume, elle se nourrit d’elle-même.
Bref, ce qui manque au goût du jour, c’est sans doute se rassasier d’amour.