Le Goncourt et le Renaudot choisissent leur lauréat

L’annonce est attendue vers 12H45 au restaurant Drouant, non loin de l’Opéra de Paris. Didier Decoin, secrétaire général de l’académie Goncourt, prendra la parole en premier, suivi par Frédéric Beigbeder, qui préside cette année le jury du Renaudot.

Ces annonces devraient se faire au milieu d’un « joyeux bordel » comme s’en délecte Bernard Pivot, le président de l’académie Goncourt. Plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone, le Goncourt attire traditionnellement une foule de curieux, dont de nombreuses « hirondelles », ces pique-assiettes qui, pour rien au monde, ne manqueraient le buffet (gratuit) dressé pour l’occasion.

Quatre écrivains, deux hommes et deux femmes, sont sur les rangs pour décrocher le prix.

Les finalistes sont Yannick Haenel, 50 ans, pour « Tiens ferme ta couronne » (Gallimard), Véronique Olmi, 55 ans, pour « Bakhita » (Albin Michel), Éric Vuillard, 49 ans, pour « L’ordre du jour » (Actes Sud) et Alice Zeniter, 31 ans, pour « L’art de perdre » (Flammarion »). « On ne choisit pas en fonction du sexe ou de l’origine de l’auteur. Ni de l’éditeur. On décide en fonction du livre. C’est la seule chose qui compte », rappelait récemment Bernard Pivot à l’AFP.

Le magazine spécialisé Livres Hebdo a interrogé vendredi seize journalistes littéraires, dont celui de l’AFP, pour recueillir leur pronostic. Si les intuitions de ces journalistes sont exactes, Véronique Olmi tient la corde pour décrocher le prix.

A la question « qui aura le Goncourt? », elle a obtenu neuf voix contre quatre à Alice Zeniter. À la question « qui mériterait le Goncourt? », les journalistes ont répondu dans l’ordre Eric Vuillard (5 voix), Alice Zeniter (4 voix), Yannick Haenel (3 voix).

Véronique Olmi a déjà dans son escarcelle le prix du roman Fnac. Elle compte parmi les rares auteurs de la rentrée dont le livre, histoire d’une petite esclave soudanaise du XIXe siècle proclamée sainte en 2000 par Jean Paul II, est déjà un succès de librairie. La romancière est également finaliste du prix Femina qui sera décerné le 8 novembre.

Le roman d’Alice Zeniter, « L’art de perdre », récit puissant sur les non-dits de la guerre d’Algérie, raconte le destin d’une famille française, dont le grand-père fut harki. Il a déjà été récompensé par le Prix des libraires de Nancy, le prix littéraire du journal Le Monde et le prix Landerneau des lecteurs. La jeune romancière, finaliste comme Véronique Olmi du prix Femina, fait également partie des auteurs de la rentrée dont le livre se vend bien en librairie.

Yannick Haenel, qui a manqué d’une voix le Grand prix du roman de l’Académie française pour son roman déjanté, où l’on croise le cinéaste Michael Cimino, la déesse Diane et un maître d’hôtel sosie d’Emmanuel Macron, est également finaliste du Médicis, qui sera attribué jeudi.

Au milieu de cet aréopage, Éric Vuillard fait un peu figure d’exception. Il est le seul à ne pas avoir été publié à la rentrée. Sorti au printemps, son court récit retrace de façon saisissante l’arrivée au pouvoir d’Hitler, raconte l’Anschluss et dissèque le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie.

Le prix Goncourt est doté d’un chèque de dix euros, mais l’enjeu est autrement plus important. Un roman primé s’écoule, selon les cas, de 200.000 à 500.000 exemplaires.

Le Renaudot a choisi cinq finalistes : l’écrivain (et peintre) marocain Mahi Binebine (« Le fou du roi », Stock), Olivier Guez (« La disparition de Josef Mengele », Grasset), le primo-romancier David Lopez (« Fief », Seuil), Patricia Reznikov (« Le songe du photographe », Albin Michel) et Anne-Sophie Stefanini (« Nos années rouges », Gallimard). Le lauréat devrait figurer parmi ces cinq noms, à moins que le jury, connu pour son sens du contre-pied, ne couronne un autre larron.