Génération Tanguy… de gré ou de force

Le deuxième rapport sur la situation de la jeunesse confirme une tendance déjà connue. Le passage dans le monde actif toujours plus difficile et les jeunes restent avec leurs parents de plus en plus longtemps… de gré ou de force.

C’est une brique qui sert de fondation aux politiques en matière de jeunesse: le Rapport national sur la situation de la jeunesse au Luxembourg, version 2015, est sorti de presse. Il succède à la première version, de 2010, qui balayait un large spectre des préoccupations des jeunes. Cette fois, l’étude – opérée sur un échantillon de 1.100 jeunes de 15 à 35 ans – est plus ciblée, sous le signe de la «transition».

Transition entre l’adolescence et l’âge adulte, entre le cocon familial et l’autonomie, entre les études et le marché du travail, entre une certaine dépendance et une citoyenneté responsable. Ce n’est pas un hasard si cet angle a été choisi: les difficultés économiques que connaît l’Europe laissent un peu partout la jeunesse sur le carreau. Quitte à faire des mesures, autant pouvoir en tirer les fruits politiques: «Quelle place laissons-nous aux jeunes générations, comment leur permettons-nous de s’intégrer et de contribuer à façonner la société?», résume Claude Meisch, le ministre de l’Education, pour préciser la démarche.

Comme le note le professeur Helmut Willems, malgré un faible taux de chômage au Luxembourg (6%), le chômage des jeunes (moins de 25 ans) est très préoccupant (22%). A comparer avec les situations allemande et autrichienne, respectivement 7,7% et 10,3%, pour un taux global à peine inférieur au luxembourgeois (5% et 5,6%).

Pas tous égaux

Privés d’autonomie, les uns par précarité, les autres par la prolongation des études, les jeunes mettent plus de temps à fonder leur propre foyer, et restent chez leurs parents. Ils restent aussi en moyenne trois ans de plus dans le système éducatif que la génération précédente. Le rapport relève que le soutien familial est un des meilleurs gages de réussite vers une transition réussie vers la vie active.
Des disparités existent selon les origines. Les jeunes Portugais, moins formés, se retrouvent plus rapidement dans le circuit du travail, mais sont aussi plus exposés à la précarité. A l’inverse, les Belges, Français et Allemands sont 72% à avoir un diplôme universitaire ou assimilé. Nettement plus que les Luxembourgeois (40%). Le gouvernement dispose donc d’une brique de statistiques de ce genre, qui va lui permettre d’orienter les politiques visant les jeunes et leur accès au marché du travail, mais aussi leur accès au logement et leur implication dans la vie politique.

Thierry  Nelissen