Galileo / DISSONANCES

Jean-Louis Schlesser / Le système européen de géopositionnement Galileo est censé concurrencer et remplacer dans certains cas le système militaire américain GPS. C’est un projet civil ambitieux, nécessitant la mise en place d’une trentaine de satellites qui émettent des signaux pour trois niveaux de service.

Les premiers entretiens entre futurs partenaires dans ce programme datent de 1999. Aujourd’hui, vingt ans plus tard, Galileo peut fournir un certain nombre de services à des clients, mais n’obtiendra la haute précision (plus élevée que celle du GPS américain) que dans deux ans. Disons, pour rester poli, qu’on n’a pas brûlé les étapes. Les maîtres d’ouvrage du programme sont l’Agence spatiale européenne et l’Union, cette dernière étant, à part des contributions directes des Etats, le principal bailleur de fonds de l’Agence. Les Anglais, après le Brexit, pourront toujours faire partie de l’Agence spatiale mais ne pourront plus être les bénéficiaires des services publics régulés, des signaux très robustes, chiffrés, à l’abri de brouillages et réservés aux Etats membres de l’Union. La décision de ne pas installer une partie de l’infrastructure de contrôle en Angleterre comme prévu, mais en Espagne, a déjà été prise. Comme si cela ne suffisait pas au malheur des Britanniques, ils seront exclus du développement futur du programme lui-même, ce qui a l’air de les fâcher. Comme toute personne sensée, je serai enclin à leur dire: «fallait y penser avant, les gars!».

Les négociateurs bruxellois du Brexit utilisent avec un sadisme politique certain l’idée – certainement justifiable – que même les sommes déjà payées par Londres dans le développement (1 milliard de livres sterling) seraient non-remboursables. Wow! Là, même les commentateurs d’outre-Manche, qui jusqu’ici avaient considéré la décision «démocratique» du peuple britannique comme une imbécilité historique à payer au prix fort, pensent que c’en est trop, que les troupes de Barnier feraient bien de descendre de leurs grands chevaux et qu’il ne sert à rien d’être «punitif».

Je pense que les Britanniques règlent dans les négociations de sortie le prix de leur comportement dans le passé au sein des instances de l’Union. Ils paient le prix des frustrations qu’ils ont laissées chez nombre d’officiels et chez les mandataires politiques du fait d’avoir été un frein à l’égard de toute ambition d’intégration plus poussée, d’avoir pensé avoir droit à des exceptions aux règles qui ne valaient que pour eux, de n’avoir cessé de pratiquer le fameux «cherry-picking», d’avoir exaspéré tout le monde.

Alors, faut-il avoir pitié des Britanniques? Faut-il ajouter à la facture du Brexit déjà prodigieusement élevée ce supplément Galileo. Il faut l’ajouter, je pense, pour prouver à ceux parmi les conservateurs qui, comme Boris Johnson, font de la sortie de l’Union un véhicule pour promouvoir leur carrière, qu’en politique tout se paie. Mais, peut-être que rien n’est perdu. Que dit l’article 49 du Traité sur l’Union? «Tout Etat européen qui respecte les valeurs visées à l’article 2 et s’engage à les promouvoir peut demander à devenir membre de l’Union.» Avec mon compatriote Jean-Claude Juncker, je conseillerais aux Britanniques, après leur sortie en 2019, d’envisager sérieusement cette option.