Frissons d’été/Les muscles américains sont de retour sur l’échiquier planétaire

Si l’impossible n’est pas encore probable, l’improbable est désormais possible. Grâce à des apprentis sorciers, dont le plus zélé occupe la fonction suprême aux Etats-Unis, à la tête de la première puissance nucléaire du monde, capable de détruire plusieurs dizaines de fois la planète.

Or, quand on a le doigt si près du bouton létal, on ne promet pas sur Twitter, «le feu et la colère» à un nain géopolitique.

On se croirait, au vu du feuilleton d’été du ping-pong des déclarations de Trump et de Kim Jong-un, dans un remake tragi-comique de la crise des missiles de Cuba, avec une tension au maximum sur l’île de Guam, à 10.000 km de New York, pourtant sous administration états-unienne. Pour des raisons bassement stratégiques, c’est de là que décollaient, pendant la guerre du Vietnam, les bombardiers allant sévir sur Hanoi.

L’île est dotée aujourd’hui d’un bouclier prêt à intercepter n’importe quel missile balistique. Bouclier que l’oncle Sam a installé également en Corée du Sud, mais le nouveau président Moon Jae-in en a interrompu le déploiement. Sans doute à la demande de Pékin, qui craint qu’il ne soit utilisé essentiellement pour surveiller le système chinois, demande appuyée par des représailles économiques à l’encontre de Séoul. Et n’est-ce pas justement à l’aune de cela qu’il faut mesurer le discours faucon de la Maison Blanche? Faire monter les enchères, faire craindre une menace maximum, afin que Séoul revienne sur la suspension et que la Chine entende raison, ce qu’elle a commencé à faire en soutenant les sanctions onusiennes à l’encontre de Pyongyang. On a donc, à Washington, intérêt à ce que Kim Jong-un continue l’escalade, même si Trump s’adonne, comme de coutume, à une politique de yoyo, montant et baissant la pression, comme un chat qui joue avec la souris avant de la manger.

N’empêche que ça donne froid dans le dos en cet été 2017, car s’il est encore improbable que le président américain décide d’appuyer sur le bouton, tout comme il paraît encore peu plausible que son homologue nord-coréen cible l’île de Guam, tout cela n’est plus impossible désormais. Voilà vraisemblablement le message que veut faire passer Washington, avertissant que les muscles américains sont de retour sur l’échiquier planétaire, partout où les intérêts des Etats-Unis sont en jeu, y compris en Amérique du Sud. Trump ne vient-il pas de menacer le
Venezuela d’une intervention militaire?
Jean Portante