France/Un Festival d’Avignon aux couleurs arc-en-ciel

C’est un Festival d’Avignon résolument « queer » qui s’ouvre vendredi, présentant jusqu’au 24 juillet une pléthore de spectacles questionnant le thème du genre et dénonçant toute forme de discrimination, de l' »hétéropatriarcat » à la transphobie.

Le Festival, plus que jamais à vocation sociale 72 ans après sa création, s’invite alors que le débat sur l’assignation des genres est abondamment relayé par les médias et les réseaux sociaux et suscite parfois de l’incompréhension. Il y a quelques jours, une émission d’Arrêt sur images a fait le tour de la toile lorsqu’un invité a refusé d’être défini comme un homme mais plutôt comme « non binaire, ni masculin, ni féminin ». « Il est temps que les normes qui sont dominantes soient déconstruites, il y a une certaine liberté de l’identité qui est en train de s’affirmer », affirme à l’AFP David Bobée, metteur en scène français.

C’est à lui qu’Olivier Py, directeur du Festival qui se revendique comme homosexuel engagé, a confié le « feuilleton théâtral » de cette année, durant lequel la question du genre sera disséquée pendant 13 jours sous le titre éloquent de « Mesdames, messieurs et le reste du monde ».

Le thème du genre a déjà hérissé l’archevêché d’Avignon et pourrait mobiliser des groupes ultraconservateurs et religieux. « Trans (Més Enllà) » et « Romances inciertos, un autre Orlando » traiteront de la transidentité et de personnages androgynes; l’Iranien Gurshad Shaheman donnera la voix aux exilés à cause de leur orientation sexuelle; tandis que le metteur en scène suisse très en vue Milo Rau s’empare d’un fait divers, l’assassinat d’un homosexuel à Liège en 2012. Et Phia Ménard, artiste née en 1971 dans un corps d’homme, présentera « Saison sèche » où sept femmes seront amenées à « détruire » une maison symbolisant le patriarcat. Le festival sera inauguré toutefois par une pièce classique éloignée du thème central.

Signée Thomas Jolly, un des représentants de la jeune garde théâtrale française, « Thyeste » de Sénèque ouvrira le bal à la Cour d’honneur du palais des Papes, lieu de naissance de la manifestation en 1947. Fidèle à son habitude, Julien Gosselin, autre jeune metteur en scène français présentera une création au long cours… de huit heures, basée sur trois romans de l’écrivain américain Don DeLillo traitant du terrorisme. Cette édition marquera aussi le retour de pointures internationales comme le Belge Ivo Van Hove et Oskaras Korsunovas, figure du théâtre lituanien qui montera Tartuffe dans sa langue, ou encore celui de a grande dame de la danse contemporaine Sasha Waltz, 15 ans après sa révélation à Avignon.

Le monde arabe est également à l’honneur avec une pièce de l’Égyptien Ahmed el Attar sur la manière dont les femmes dans son pays reproduisent le système patriarcal à travers l’éducation de leurs fils, une chorégraphie du Libanais Ali Chahrour sur le comportement des hommes dans le rituel funéraire chiite. Et un jeune metteur en scène, Étienne Gaudillère, présentera avec « Pale Blue Dot » une histoire de Wikileaks. Créé comme le Festival lyrique d’Aix ou celui de Cannes dans la période d’après-guerre, le Festival d’Avignon a été le fer de lance du renouveau théâtral français, avec la part belle aux théâtres de province. Olivier Py a toutefois exprimé son inquiétude de l’abandon progressif de l’État du principe de la décentralisation selon lui, appelant à plus de soutien au Festival.

« Il faut redonner une marge de manoeuvre à la décentralisation, pas au théâtre parisien », a-t-il dit à l’AFP, regrettant que « les collectivités locales se désinvestissent, car elles-même ont connu des baisses de dotation » du gouvernement. « Tous ces spectacles qui vont jouer à Paris et qui font la vie du théâtre français, ils tirent vraiment la langue », assure-t-il. Parallèlement au « in », il y a le « Avignon off », avec plus de 1.500 spectacles qui tentent chaque année de se faire remarquer malgré le manque de ressources. Le « off » verra l’adaptation de deux succès littéraires sur scène: « Suite française » d’Irène Némirovsky et « Le potentiel érotique de ma femme » de David Foenkinos