France/La littérature jeunesse a rendez-vous à Montreuil, sur fond de léger repli

Grand rendez-vous annuel de la littérature et de la presse jeunesse, le Salon de Montreuil ouvre ses portes de mercredi à dimanche alors que ce secteur de l’édition, longtemps locomotive du marché, accuse un léger repli.

Dans un monde de l’édition globalement à la peine, le secteur jeunesse a accusé une baisse de son activité de 6,58% (en volume et en valeur) l’an dernier, selon des chiffres du syndicat national de l’édition (SNE).

C’est la première fois que le livre jeunesse se retrouve en difficulté. Mais ces chiffres ne doivent pas occulter une autre réalité. Bon gré, mal gré le livre jeunesse continue de représenter le quart du marché du livre français, selon une récente étude de l’institut GfK. Entre novembre 2017 et octobre dernier, 83,3 millions d’exemplaires de livres pour la jeunesse et de BD jeunesse se sont écoulés en France. Si l’on ajoute le fait que le livre jeunesse « made in France » s’exporte de mieux en mieux, notamment en Chine, le secteur reste dynamique et peut toujours croire en l’avenir.

« Nos futurs » c’est d’ailleurs le thème retenu pour la 34e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ). « A quoi ressemblent les futurs lecteurs et quelles exigences d’écriture leur doit-on? », s’interroge ainsi Sylvie Vassalo, directrice du Salon. Le SLPJ de Montreuil, immense librairie où la plupart des éditeurs jeunesse présenteront leurs nouveautés, sera aussi le lieu où débattre des sujets qui agitent le secteur: démultiplication effrénée des publications, évolution des pratiques de lecture ou encore inquiétude des auteurs et illustrateurs, toujours moins rémunérés que leurs collègues de littérature adulte, avec des droits d’auteurs inférieurs à ceux pratiqués en littérature générale.

Au total 400 rencontres avec des professionnels du secteur sont programmées durant le Salon. Si les difficultés rencontrées par les auteurs sont connues, la question de la surproduction des titres jeunesse se pose avec acuité alors que près de 17.000 titres ont été publiés en 2017. « Qu’est-ce qu’une surproduction? Comment l’évalue-t-on? Au fond, il n’y a jamais assez de bons livres », répond Thierry Magnier, éditeur de livres jeunesse et président du groupe jeunesse du SNE. « Il nous faut réfléchir à cibler davantage sur nos sorties, c’est une évidence », ajoute-t-il en soulignant que « depuis plusieurs années le tirage moyen (des livres jeunesse) a énormément baissé ». S’il n’y a pas de « solution évidente », les éditeurs jeunesse « sont conscients qu’il n’y a plus de place dans les librairies ». Autre question en suspens, la chape morale qui menace le secteur. En mars dernier, les éditions Milan ont dû renoncer à réimprimer le livre « On a chopé la puberté » après qu’une pétition en ligne contre l’ouvrage, accusé de sexisme, a recueilli 140.000 signatures.

Cette année, une autre pétition circule pour dénoncer le fait que McDonald’s disposera (comme l’an dernier) d’un stand au Salon. Le géant du burger ne distribuera que des livres mais pour l’illustrateur Claude Ponti, à l’origine de la pétition, cette présence va « inciter des enfants à aller dans un McDonald’s ». « Pour certaines familles, le premier don de livres se fait avec McDo. On n’a pas envie de regarder ça de haut, de juger. Le fait que les enfants viennent au salon par ce biais, c’est super important », a rétorqué Sylvie Vassallo.

Depuis 2015, McDonald’s, associé à Hachette, a distribué une quarantaine de millions de livres avec ses menus Happy Meal. En attendant, le Salon décernera dès mercredi soir ses « Pépites », récompenses censées saluer les meilleurs livres de littérature jeunesse dans les catégories livre illustré, roman et bande dessinée. Le Salon, gratuit pour les mineurs, accueille en moyenne 175.000 visiteurs dont de nombreux écoliers de Seine-Saint-Denis.