France: le paquet de cigarettes porté « progressivement à 10 euros »

Le Premier ministre Edouard Philippe a promis mardi d’accentuer la lutte contre le tabagisme en France en portant le prix du paquet de 7 à 10 euros, perspective mal accueillie par les industriels mais saluée par les acteurs de santé publique.

« Le tabac en France entraîne plus de 80.000 décès (par an). C’est la première cause de mortalité évitable, et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents. Ne rien faire est exclu », a souligné le Premier ministre lors de son discours de politique générale.

Aussi le prix du paquet sera-t-il porté « progressivement » à 10 euros, a-t-il dit, s’engageant également à une lutte « sans merci contre les trafics qui minent cette politique de santé autant qu’ils fragilisent ceux qui respectent la loi ». Il n’a en revanche donné aucune date pour cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron.

En France, 16 millions de personnes, soit un tiers des 15-85 ans, fument ne serait-ce que de temps en temps (36% des hommes et 28% des femmes). Cette annonce est en ligne avec la feuille de route que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait adressée en amont à Edouard Philippe qui souhaitait augmenter « rapidement et fortement, dès 2018, le prix du tabac ». En France, les fabricants de tabac, et non l’Etat, fixent les prix de vente aux consommateurs mais les taxes en représentent plus de 80%.

Le tabac rapporte à l’Etat environ 14 milliards d’euros par an. Pour le consommateur, le paquet à 10 euros reviendrait à une hausse de 50% du prix de son prix. Cette hypothèse suscite le rejet des industriels comme des buralistes. « A la veille des vacances d’été, les personnes vont partir avec ça en tête et revenir avec des cargaisons de cartouches de cigarettes achetées dans les pays transfrontaliers », déplore Pascal Montredon, président de la confédération des buralistes. Cette mesure interviendra t-elle « dans 2 ans, 5 ans, 10 ans ? », s’interroge-t-il, espérant une mise en oeuvre qui ne soit pas « prématurée ». « Nous ne pouvons pas être le seul pays européen à avoir un paquet à 10 euros quand nos voisins ont des paquets de cigarettes dont le prix est compris entre 4,80 euros et 6 euros », c’est inacceptable », lance-t-il.

En mars 2017, Emmanuel Macron s’était dit « tout à fait prêt » a augmenter le prix du paquet à 10 euros, mais avait posé pour condition que les pays limitrophes fassent de même, pour éviter une explosion des achats transfrontaliers.

Une étude du cabinet KPMG commandée par les principaux cigarettiers dévoilée mardi affirme que « la France est à nouveau, en 2016, championne d’Europe de la consommation de cigarettes achetées illégalement ».

Le nombre de cigarettes achetées à la sauvette dans la rue ou sur internet et consommées en France a atteint 8,96 milliards en 2016, soit 14,8% de la consommation totale, selon cette étude annuelle. Le marché parallèle, – en incluant cigarettes illicites, flux transfrontaliers légaux et achats en duty free – atteindrait 26,8% de la consommation, affirme ce document. « Même s’il n’y a pas de tabou en ce qui concerne d’éventuelles augmentations des prix du tabac, celles-ci doivent se faire de manière raisonnable afin de ne pas faire exploser encore plus le marché parallèle », estime pour sa part Benoît Bas, directeur des relations extérieures de Japan Tobacco International (JTI). Selon lui, « le paquet neutre ne fonctionne pas du tout » et donc « le gouvernement est obligé de trouver d’autres voies ».

A l’opposé, le professeur Dautzenberg, pneumologue investi dans la lutte contre le tabagisme, s’est dit « très heureux que la demande de la ministre de la Santé ait été prise en compte au plus haut niveau ». « C’est une très bonne nouvelle pour la santé publique car cela va faire des milliers de morts en moins », a-t-il dit à l’AFP. Le pneumologue préconise « plusieurs montées des prix successives car l’effet est plus prolongé dans le temps » sur la consommation.