France Gall a rejoint le Paradis blanc

France Gall, icône de la chanson française des années 1960, interprète de nombreux succès écrits pour elle par Serge Gainsbourg puis Michel Berger, est morte dimanche à l’âge de 70 ans, a annoncé sa chargée de communication Geneviève Salama.
Victorieuse du Grand Prix du concours Eurovision de la chanson en 1965, elle était hospitalisée depuis le 19 décembre à l’hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) pour une infection sévère.
« Il y a des mots qu’on ne voudrait jamais prononcer. France Gall a rejoint le Paradis blanc le 7 janvier, après avoir défié depuis deux ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer », a déclaré Geneviève Salama dans un communiqué remis à l’AFP.
Le président Emmanuel Macron a salué sa mémoire dans un message sur son compte Twitter, déclarant : « France Gall a traversé le temps grâce à sa sincérité et sa générosité. Elle laisse des chansons connues de tous les Français et l’exemple d’une vie tournée vers les autres, ceux qu’elle aimait et ceux qu’elle aidait. »
Le chanteur Julien Clerc, avec qui elle a eu une liaison à la fin des années 1960, a réagi lui aussi sur son compte officiel Twitter pour exprimer sa tristesse : « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi ».
Née en octobre 1947 à Paris dans une famille baignée par la musique – son père a notamment écrit des chansons pour Edith Piaf et Charles Aznavour – Isabelle Gall, rebaptisée France, a rencontré le succès dès son premier disque, diffusé le jour de ses 16 ans.
La collaboration de la jeune artiste blonde à la voie acidulée avec Serge Gainsbourg la propulse au sommet du hit-parade avec des titres comme « Laisse tomber les filles » ou « Poupée de cire, poupée de son », qui la fait triompher au concours de l’Eurovision. Il y aura aussi le sulfureux « Annie aime les sucettes ».

Après un creux au début des années 1970, sa carrière prend un nouveau tour avec sa rencontre en 1973 avec Michel Berger qui débouche sur « La Déclaration d’amour », premier d’une longue liste de succès.
Elle s’interrompra avec la mort en 1992 du chanteur, qu’elle a épousé en 1976 et avec qui elle a eu deux enfants – Pauline, qui a succombé à une mucoviscidose en 1997, et Raphaël, né en 1981.
Eloignée de la scène, France Gall était sortie de sa retraite en 2015 pour une comédie musicale d’hommage à Michel Berger, intitulée « Résiste ». (Yann Le Guernigou, édité par Danielle Rouquié)

 

Huit tubes incontournables de France Gall

 

Des « Sucettes » à « Viens je t’emmène » en passant par « Résiste », plusieurs chansons de France Gall resteront dans les mémoires : C’est avec cette chanson, écrite par Serge Gainsbourg, que France Gall remporte l’Eurovision en 1965 pour le compte du Luxembourg.

Elle l’interprétera en six langues dont le japonais. La chanson à double sens écrite par Serge Gainsbourg, narre le goût d’Annie pour les sucettes à l’anis. « Lorsque le sucre d’orge, parfumé à l’anis. Coule dans la gorge d’Annie, elle est au paradis ». France Gall avouera bien plus tard que pendant cinq ans elle avait chanté cette chanson sans en percevoir l’aspect équivoque. Premier tube d’une longue liste du couple Gall/Berger, la chanson marquera un tournant dans la vie professionnelle de la jeune femme. Suivront un an plus tard, leur premier album, « France Gall » et leur mariage en 1976. La chanson, au rythme entraînant, de celles qui rendent heureux, a récemment été reprise par la chanteuse et actrice Louane devant une France Gall ravie. « Viens, je t’emmène Où les étoiles retrouvent la lune en secret Viens, je t’emmène Où le soleil le soir va se reposer »… Le morceau écrit par Michel Berger en hommage au chanteur-pianiste américain de rock, Jerry Lee Lewis, aborde le sujet de la différence. « Il jouait du piano debout C’est peut-être un détail pour vous. Mais pour moi, ça veut dire beaucoup ». C’est une des chansons les plus emblématiques pour toute une génération militante et à la recherche de plus de solidarité, avec notamment les Chanteurs pour l’Éthiopie ou encore la création des Restos du coeur. En 2015, France Gall donne le nom de cette chanson à sa comédie musicale, hommage à Michel Berger. Ecrite par Michel Berger, c’est un hommage à la grande chanteuse de jazz Ella Fitzgerald. Extraite de l’album « Babacar », elle restera, avec son refrain inoubliable, l’un des plus gros succès de France Gall. « On danse encore sur les accords qu’on aimait tant… »: sur le même album, cette chanson toute en douceur fut écrite en souvenir de Daniel Balavoine, l’ami du couple mort en janvier 1986.

France Gall, poupée des sixties et étoile de Michel Berger

 

De la jeune fille au timbre acidulé des années 60 à l’interprète de talent des mélodies de Michel Berger, de « Poupée de cire, poupée de son » à « Babacar », France Gall a traversé plusieurs époques de la chanson française. Depuis la mort brutale de Michel Berger, en août 1992, suivie cinq ans plus tard de celle de leur fille, France Gall n’avait plus guère chanté.

Quelques enregistrements et quelques concerts dans les années 90 avant un long silence dont elle était sortie en 2015 pour défendre un projet qui lui tenait à coeur : la comédie musicale « Résiste » remettant au goût du jour les tubes du couple, jouée à Paris puis partout en France. Un spectacle dans lequel elle apparaissait en vidéo – mais pas sur scène – comme narratrice se souvenant de son Pygmalion. Avant d’être la « groupie » préférée de Michel Berger, France Gall, née le 9 octobre 1947 à Paris sous le prénom d’Isabelle, fut la « poupée » d’un certain Serge Gainsbourg, qui lui écrit en 1964 « N’écoute pas les idoles » et « Laisse tomber les filles ».

La jeune fille blonde aux joues d’enfant prête encore son rire à Gainsbourg pour « Pauvre Lola » et l’homme à la tête de chou lui écrit bientôt « Poupée de cire, poupée de son », chanson avec laquelle elle remporte l’Eurovision en 1965 (pour le Luxembourg) et qu’elle chantera en six langues dont le japonais.

La blessure vient avec un autre titre de Gainsbourg, « Sucettes à l’anis » (1966), dont elle ne saisit les allusions salaces qu’avec les moqueries et le scandale : « je ne l’aurais jamais faite, cette chanson, si on m’avait expliqué le sens ». A ce moment, la jeune Isabelle Gall n’a pas encore 20 ans mais déjà un solide passé musical, notamment grâce à son père, le chanteur et parolier Robert Gall. Celui-ci a notamment écrit des chansons pour Piaf (« Les amants merveilleux », 1960) ou Aznavour (« La mamma », 1963). « Mon père m’a entraînée très jeune dans les coulisses des spectacles, ma mère jouait du violoncelle, mon oncle de l’orgue, mes frères de la guitare », se souvenait celle dont le grand-père maternel, Paul Berthier, était aussi compositeur de musique liturgique et co-fondateur des Petits chanteurs à la croix de bois.

A 16 ans, plutôt que de redoubler sa troisième, elle chante « Ne sois pas si bête » (1963), d’emblée un succès. Son directeur artistique Denis Bourgeois la rebaptise « France » pour la différencier d’Isabelle Aubret et sera à l’origine de la collaboration avec Serge Gainsbourg. Parallèlement, France Gall chantera aussi « Sacré Charlemagne » (1964) dont les paroles ont été écrites par son père, encore un succès pourtant initialement chanté à contre-coeur par peur du ridicule.

Dans ces années 60 virevoltantes, elle a une brève liaison avec Claude François auquel leur rupture inspirera « Comme d’habitude ». Après « Bébé Requin » (1967), sa carrière piétine. Elle vit cinq ans avec Julien Clerc, le quitte. Il chantera « Souffrir par toi n’est pas souffrir ». En 1973, la rencontre avec Michel Berger va ouvrir un nouveau chapitre.

« La déclaration d’amour » (1974), l’album « France Gall » et un mariage le 22 juin 1976 suivi du duo « Ca balance pas mal à Paris ». Ils auront deux enfants, Pauline en 1978 et Raphaël en 1981. « Le bonheur dans ce métier, je l’ai trouvé avec Michel », dit France Gall qui lui doit de nouveaux tubes – « Tout pour la musique », « Résiste », « Il jouait du piano debout », « Débranche », « Diego libre dans sa tête », « Cézanne peint ». Elle retrouve la scène avec un orchestre féminin (1978), participe à l’opéra-rock « Starmania » (1979), chante avec Elton John (« Donner pour donner », 1980). L’époque est à l’humanitaire, le couple s’investit en Afrique, achète une maison à Dakar et signera « Babacar ». Mais le malheur guette.

Le 2 août 1992, deux mois après la sortie de leur album « Double jeu », Michel Berger meurt à 44 ans d’un infarctus. Un cancer du sein frappe France Gall l’année suivante. Elle continue encore la scène mais se retire après la mort de leur fille Pauline de mucoviscidose en 1997.