Fragile

Marc Wilwert, Sans titre, 2012, 100 x 100 cm
Marc Wilwert, Sans titre, 2012, 100 x 100 cm
Marc Wilwert, Sans titre, 2012, 100 x 100 cm

Galerie Clairefontaine: photos de Lé Sibenaler & Marc Wilwert.

A leur manière, Lé & Marc relisent la rose de Ronsard, une histoire de temps qui passe, efface. Très sensible.

L’expo – intitulée Memento («souviens-toi») – est née du hasard, comme pas mal de jolies histoires. D’ailleurs, tout commence comme un roman. Quand Lé Sibenaler, photographe (de presse) à la retraite né en 1947, décide de déterrer l’une des trois boîtes qu’il avait enfouies il y a 40 ans dans un Kirchberg encore en friche: « Je ne me souviens plus de l’endroit exact où se trouvent encore les deux autres, mais ce sont des petites boîtes en fer contenant les diapositives qu’à l’époque j’avais abîmées par grattage».

[cleeng_content id= »599038543″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]Le pourquoi de cet enfouissement – qui n’a de toute évidence pu se résoudre à une radicale destruction par les ciseaux ou le feu, comme pour laisser une chance à l’éternité de survenir – participe au mystère, celui de l’exhumation aussi, qui trahit toute la beauté du souvenir, sa force en même que sa vulnérabilité.

Sur ces rescapées de la mémoire, ces fenêtres sur le non oubli, que voit-on? Des formes abstraites, quasi végétales, et parfois quelques silhouettes, rien qui soit identifiable mais autant d’indices d’une vie passionnée ou passionnante.

En fait, sur la petite peau carrée de la diapo, le temps a déposé ses aléatoires sédiments, lesquels se sont mêlés aux altérations volontaires de Lé pour finalement, et par accident, révéler les cicatrices des sentiments.

Marque-page

Aux antipodes de l’impeccable grand format numérique (qui prétend (dé)figurer la réalité), Marc Wilwert, né à Luxembourg en 1976, s’attache au même accident, au même phénomène de l’apparition/ disparition (et vice versa), à son alchimie technique, esthétique, poétique, voire philosophique.

Tout germe dans la fleur – dont le langage confesse nos humeurs ou nos transports peu ou prou amoureux – et surtout dans la rose, symbole de la transitoire jeunesse, de la fragile beauté, donc, de la finitude de la vie.

Et tout se sert du désuet Polaroid (qui aujourd’hui renaît de ses cendres), principe inégalé de l’instantané (ce, depuis 1948) mais, support éminemment instable, perméable – «le modèle disparaît peu après sa capture, parfois, au contraire, rien n’est visible immédiatement pour apparaître graduellement».

Au final, Marc aligne de (très petites) images qui confinent à l’objet, à l’ex-voto ou au signet, au marque-page.

Bref, de l’infime qui raconte notre présence au monde.

Marie-Anne Lorge

Galerie Clairefontaine, espace 2, 21 rue du St-Esprit, Luxembourg: «Memento», jusqu’au 20 juillet,


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