Fracture

JACQUES HILLION / La primaire de la gauche, en vue de la présidentielle, signe-t-elle la fin du Parti socialiste? En tout cas, la question de sa mort clinique est bel et bien posée. Et ce n’est pas le bidonnage, plus ou moins volontaire, mais très maladroit, des chiffres de participation du premier tour – très clairement en deçà des attentes – qui risque de requinquer le moribond. Lequel se retrouve aujourd’hui face à un antagonisme puissant entre deux façons de penser la gauche, incarnées par les deux finalistes,
Benoît Hamon et Manuel Valls.

La politique du gouvernement reste le caillou dans la chaussure de l’ancien Premier ministre de François Hollande. Son soutien sans faille au projet de déchéance de nationalité l’a coupé de la frange égalitariste, tandis que le bras de fer mené avec vigueur contre les syndicats CGT et FO, à propos de la loi travail, a sonné le divorce avec la composante ouvrière et populaire du PS. Nul doute que sa seconde place est un vote-sanction.

Les frondeurs, malgré la faible participation, sortent vainqueurs de cette joute. Benoît Hamon, bien sûr, qui arrive en tête avec son projet de revenu universel. Dans la veine de la gauche utopiste, sa proposition a certes surpris mais, surtout, elle a conquis la plus grosse partie des électeurs socialistes et apparentés. Sans parler du fait que ce revenu remet en cause le rapport au travail et le modèle du salariat. Dans une société qui se débat depuis une quarantaine d’années avec un taux de chômage qui a enterré tout espoir d’un retour au plein emploi, Hamon a réussi un coup politique qui l’a démarqué de ses concurrents.

Si le second tour doit désigner dimanche le candidat socialiste à l’élection présidentielle, il est à craindre que le PS en portera les stigmates. Parce que les frondeurs (Hamon et Montebourg) sont majoritaires au sortir du premier tour, mais aussi parce que Benoît Hamon attire les soutiens de poids, tels que celui de Martine Aubry. L’air d’un «tout sauf Valls», qui se met tranquillement en marche, attise une campagne de second tour très dure, l’ancien Premier se montrant très offensif, si ce n’est brutal, en se positionnant sur le terrain de la laïcité et de l’«illusion» du revenu universel.

Le fossé qui se creuse ainsi entre les deux protagonistes ne laisse pas envisager d’avenir serein pour le candidat retenu. Il aura probablement bien des difficultés à rassembler l’ensemble des militants et sympathisants.

Le piège «valeurs de gauche contre réalisme politique» se referme ainsi sur le parti. Parti qui est d’autant plus en mauvaise posture qu’il a perdu le leadership à gauche. En effet, un Emmanuel Macron, avec son improbable slogan «ni droite ni gauche» lui taille des croupières. Même s’il n’a pas encore formulé de programme, sa volonté d’aller de l’avant et de fonder le pouvoir d’action en politique fragilise aussi bien la droite filloniste que le futur candidat socialiste. Ce dernier devra également faire face à un Jean-Luc Mélenchon en verve. Avec son discours traditionnel, voire archaïque, il cristallise la réaction de gauche au réalisme de gouvernement ou, dit autrement, aux reniements de François Hollande et de son gouvernement.

Quoi qu’il en soit, en refusant de participer à la primaire de la gauche, ces deux-là ont largement affaibli le Parti socialiste.

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