Notre forteresse / Une union phagocytée

Olivier Tasch / Personne ne sait ce que l’électeur européen aura en tête lorsqu’il sera dans l’isoloir en cette mi-mai. Les thèmes de l’environnement, les questions sociales, le Brexit? La crise migratoire… Qui sait? Ce dernier point a fortement marqué les esprits et dans bien des Etats membres, la gestion des flux migratoires est venue alimenter les discours xénophobes. Evidemment, «Bruxelles» est systématiquement cloué au pilori et les «élites eurocrates» rendues responsables de la mauvaise gestion de l’afflux de réfugiés. Et pourtant… La crise est largement imputable aux Etats membres. En particulier à ceux qui ont bloqué des solutions concrètes.

Les noyades en mer Méditerranée ou les migrants réduits en esclavage en Libye ont hélas bien peu ébranlé les consciences européennes. Au contraire, l’extrême droite a marqué des points et (re)pris le pouvoir en Autriche, en Bulgarie et en Italie en axant son discours sur la peur des réfugiés et des migrants. Les conséquences vont évidemment se faire ressentir à l’échelle supranationale. A commencer par les commissaires européens qui seront envoyés par ces gouvernements d’extrême droite…

De trop nombreux bancs des parlements nationaux sont également occupés par des partis ouvertement xénophobes comme Vox en Espagne, l’Afd en Allemagne ou le Rassemblement national en France. Quel visage affichera le Parlement européen après les élections? Si le jeu des alliances doit permettre d’y contrecarrer l’extrême droite, selon les projections, la Lega de l’Italien Matteo Salvini pourrait devenir le deuxième parti de l’assemblée juste derrière l’alliance CDU/CSU d’Angela Merkel. Rien de réjouissant en somme.

A la Biennale de Venise, qui vient d’ouvrir ce 11 mai, l’artiste suisse, Christoph Büchel, nous propose «Barca nostra», l’épave d’un bateau de pêche qui a sombré en 2015 en Méditerranée. Selon les estimations, il y avait entre 700 et 1.000 personnes à son bord. 28 ont été sauvées. Un écho au naufrage qui guette l’Union européenne. En 2014, Jean-Claude Juncker disait: «Cette Commission sera celle de la dernière chance […]. Soit nous réussissons à rapprocher les citoyens de l’Europe, à réduire de façon draconienne le niveau du chômage et à redonner une perspective européenne aux jeunes, soit nous échouons.» Espérons que l’Histoire lui donne tort.