Formules

Thierry Nelissen /Marseille, 26 décembre 1994. Le groupe d’intervention de la gendarmerie nationale française met fin au détournement d’un Airbus d’Air France qui devait relier Alger à Paris. Les preneurs d’otages sont tous abattus durant l’assaut. On apprendra que leur ‘objectif aurait pu être une attaque suicide sur la tour Eiffel ou la tour Montparnasse à Paris et que c’est la raison qui aurait décidé les autorités à ne laisser en aucun cas l’appareil redécoller de Marignane.

A l’occasion de la disparition de Charles Pasqua, on a beaucoup évoqué cet événement. Ministre de l’Intérieur français de l’époque, l’ancien résistant et vendeur de pastis avait décrété qu’il fallait «terroriser les terroristes». C’était il y a vingt ans. La formule ne voulait rien dire, mais elle avait le mérite de rassurer le peuple.

Neuf ans plus tard, le modus operandi de l’attaque suicide trouve une concrétisation médiatique suprême aux Etats-Unis. C’est le funeste 11 septembre, le «nine-eleven» et ses 3.000 morts. L’improbable George Bush se refait alors en décrétant «la guerre contre le terrorisme» et en lançant une croisade contre les forces du mal. Formules choc, résultats tragiques: le Moyen-Orient et ses alentours en sont aujourd’hui encore complètement bouleversés.

Janvier 2015. François Hollande et son gouvernement découvrent, dans l’horreur des attaques de Charlie, qu’une communication bien trempée est nécessaire quand on est confronté à des actes qui choquent la population. Déjà pratiquant de la «guerre contre le terrorisme» au Mali, Hollande réussit à fédérer les Français pour quelque temps; pour quelques points de popularité.

La semaine dernière, quand un crime horrible, doublé d’un attentat manqué, est perpétré dans l’Isère, la communication se remet en branle. Folie ou terrorisme? Peu importe. Les actions du président et du Premier ministre français sont dictées par le rythme des chaînes d’information. Et que je te renforce le plan «vigipirate», celui dont un expert dit: «Cela ne sert à rien, mais ça rassure la population.»

Oui, il faut rassurer le peuple. Mais aussi le considérer en adulte. Le terrorisme aveugle, il sera toujours difficile de s’en protéger. Et prétendre que c’est un phénomène neuf, c’est tricher avec l’Histoire, même si sa nature a pu changer. ETA, IRA, RAF, OLP… ont rythmé des heures sombres il y a un certain temps déjà.

Les paroles, dans les moments de crise, auraient du poids si on était sûr qu’elles sont l’écume d’un travail de fond. Le sort tragique de la Tunisie, pendant que la France communique, inclinerait plutôt vers la déprime.

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