Le foot, malade de la finance contre-pied

Al’heure des célébrations post-Coupe du monde, l’association belge Financité (www.financite.be) s’est penchée, dans un dossier très complet, sur comment la finance s’est petit à petit introduite dans le monde du football professionnel européen, avec des conséquences désastreuses sur la vie des joueurs comme des clubs qui sont peu à peu dépossédés.

Car s’il est un fait connu que l’argent domine les «grands» clubs au point de mettre certains d’entre eux sous la coupe de fonds vautours – comme c’est déjà le cas avec l’AC Milan, désormais sous le contrôle du fonds Elliot en raison de l’incapacité des propriétaires à payer leur dettes –, Financité révèle à présent que même la modeste deuxième division belge attire les investisseurs étrangers (millionnaires ou milliardaires) venus du monde entier!

Ils ne se passionnent pas en particulier pour les matches entre Louvain et Westerloo, mais ces investisseurs utilisent ces clubs comme porte d’entrée pour recruter et revendre avec une forte plus-value des joueurs souvent venus des pays africains.

Car, plus que les clubs, les joueurs sont désormais des actifs financiers à part entière que l’on peut acheter et vendre à la découpe comme de vulgaires actions ou obligations. C’est le principe du TPO (Third Party Ownership) qui existe depuis 2006 et qui permet à des investisseurs d’acheter, de prêter et de revendre des joueurs sans même que ceux-ci en soient informés!

Cette forme d’esclavage moderne a tellement choqué que la FIFA a dû intervenir en l’interdisant.

Peu importe: les spéculateurs ont riposté en créant une nouvelle version appelée TPI (Third Party Investment) qui permet la titrisation des dettes d’un club, à l’image des fameuses subprimes.

Les grands perdants de cette hyperfinanciarisation du football sont bien sûr les jeunes joueurs, vulnérables, recrutés en Afrique ou dans des pays pauvres, dont bien peu finissent professionnels – la majorité d’entre eux étant laissés à l’abandon à la première blessure.

Selon la fondation Samilia, qui s’occupe de la traite des êtres humains, quelque 600 à 800 Africains attirés par une vie meilleure à travers le football restent sur le carreau et traîneraient en Belgique.

Et près de 20.000 en Europe.

Les supporters engagés corps et âme commencent à se révolter contre cette dépossession de leur club favori par la finance.

Il serait temps que les autres acteurs de la société en fassent autant.

Jean-Sébastien Zippert – Etika