Flavio Giannotte: Tokyo 2020 en ligne de mire

« L’histoire de l’escrime a commencé avec celle de l’humanité ou presque. Dès que l’homme a su travailler le bois puis le fer, il a fabriqué des armes pour se défendre et survivre, » tels sont les mots par lesquels la fédération française d’escrime décrit l’histoire de l’escrime. La pratique de l’escrime moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui date du 19ème siècle.

Considéré longtemps comme un sport pour des milieux aisés, Collette Flesch (ancienne escrimeuse et participante à deux reprises aux jeux olympiques) avait retenu que l’escrime « reste dorénavant un sport pour initiés ». Depuis 1937 la fédération luxembourgeoise d’escrime a connu des hauts et des bas, mais elle a pour autant valu des heures de gloire au sport luxembourgeois. De nombreux champions défendant les couleurs luxembourgeoises dans les grands tournois internationaux ont marqué la vie de l’escrime sur le plan national, citons notamment Jean Link, Robert Schiel, Emile Gretsch, Michel Colling, Mariette Schmit, Ginette Rossini, Vladimir Nickels, Aly Doerfel, Cédric Anen et bien d’autres. Actuellement, l’escrime luxembourgeoise est représentée sur le plan de la haute compétition par Lis Fautsch et Flavio Giannotte. Dans ce dossier Le Jeudi va s’intéresser plus précisément à l’évolution de ce noble art martial au Luxembourg.

Lors des récents championnats du monde d’escrime qui se sont déroulés à Leipzig, un jeune Luxembourgeois est sorti du lot. Participant à ces premiers championnats du monde dans la catégorie sénior, Flavio Giannotte a tout simplement battu le champion olympique et numéro 2 mondial, le Coréen Park. Alors qu’il espérait juste sortir de la phase de qualification, le jeune étudiant, s’est finalement classé dans les 32 meilleurs escrimeurs du monde.

Champion universitaire en France, 7ème aux championnats d’Europe, multiple champion national au Luxembourg, son palmarès fascine.

Actuellement numéro 80 mondial, nous nous sommes entretenus avec Flavio de sa vie en tant que escrimeur d’élite et de ses projets pour l’avenir.

Faire de sa passion, son métier

Le jeune épéiste et étudiant à l’université de Reims en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives a un seul rêve, celui de pouvoir vivre un jour de sa passion. Agé de 22 ans, Flavio n’a pas choisi par hasard la ville de Reims afin de progresser dans ses études. Évoluant au centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS), il peut bénéficier d’un encadrement convenable à sa progression. Le constat est simple; pour réussir en escrime, les sportifs sont obligés de quitter leur pays natal, manque de structures adaptées.

L’escrime, un sport touché par l’exode

Aujourd’hui l’escrime luxembourgeoise compte, comme déjà précisé, deux sportifs d’élite Flavio Giannotte et Lis Fautsch (tous les deux licenciés au Cercle Escrime Sud). Etant donné que la fédération luxembourgeoise d’escrime ne dispose en ce moment ni d’une vraie équipe nationale, ni d’un entraîneur fédéral ou encore d’un encadrement apte à concurrencer avec celui de nos pays voisins, les deux fleurons ont effectivement pris le choix d’évoluer à l’étranger.

« A Reims, j’ai la grande opportunité de pouvoir travailler avec tout un staff spécialisé. Non seulement que je m’entraîne deux fois par jour avec la jeune élite française, je travaille aussi énormément avec un psychologue sportif ainsi qu’avec un kiné lesquels m’ont été mis à disposition par l’université. Seul point négatif, l’entraîneur fédéral français n’a pas le droit de donner des leçons particulières à des escrimeurs étrangers, voilà pourquoi mon maître d’armes (entraîneur) luxembourgeois, Maurice Pizay, se déplace chaque week-end à Reims pour s’entraîner avec moi. En plus, en vue de ma préparation pour les championnats du monde qui se sont déroulés à Leipzig, j’ai passé deux semaines en alternance en Allemagne et en Suisse pour me préparer au mieux,» affirme l’escrimeur.

« Sportif, manager, étudiant et réparateur d’armes en une personne »

Bien que Flavio appartienne à l’élite mondiale dans sa discipline, sa vie s’avère complètement structurée. « En fait, je suis sportif, manager, étudiant et réparateur d’armes en une personne. Bien évidemment ma famille m’a toujours soutenu tout au long de ma carrière, surtout mon grand-père (ancien escrimeur aussi) qui m’accompagne à tous mes déplacements et que je considère comme mon entraîneur mental en quelque sorte. Cependant, l’organisation de mes voyages, la gestion de mes sites internet et la réparation de mon matériel sont des tâches qui s’ajoutent tous les jours à ma vie estudiantine et sportive. N’oublions pas non plus le financement de tous mes voyages, duquel je dois m’occuper. Sans mon sponsor principal, il serait d’ailleurs impossible de poursuivre ma carrière sportive, » affirme le porteur d’espoir.  Etonnant d’entendre que le jeune escrimeur a même payé lui-même son déplacement aux championnats du monde à Leipzig. L’escrime ne roule pas sur l’or comme l’avait évoqué le journal L’essentiel dans un article paru en 2011.

L’escrime au Luxembourg souffre d’un manque de popularité

Le constat est simple, l’escrime au Luxembourg manque de popularité. Le nombre de licenciés laisse à désirer ces dernières années, avoue Pascal Tesch, président de la FLE, et certains clubs ont tout simplement disparu au fil des années.

Les championnats nationaux de l’année en cours en sont le meilleur exemple. Que deux clubs d’escrime (Cercle Escrime Sud et Cercle Escrime Luxembourg) ont effectivement participé à cet événement dont une seule arme a été pratiquée,  alors que le championnat connaissait la tradition d’offrir au public au moins deux armes différentes.

Flavio qui provient d’une famille où la pratique d’escrime constitue une longue tradition, n’est cependant pas champion national en catégorie seniors. « Je ne pouvais absolument pas participer aux championnats nationaux, comme je participais en ce moment précis aux championnats d’Europe des moins 23 ans. Même en faisant une demande à la fédération luxembourgeoise d’escrime de reporter la date des championnats, rien ne s’est passé. Or, je n’ai absolument pas voulu manquer mes derniers championnats d’Europe juniors. Alors le choix était fait, » s’exprime-t-il.

En route pour Tokyo 2020

Quel objectif pour l’avenir ? A cette question la réponse est claire et nette, les jeux olympiques de Tokyo. « Participer en 2020 aux Jeux de Tokyo, c’est l’objectif pour ces prochaines années. Je suis conscient qu’il sera dur à l’atteindre, vu que la plupart des sportifs européens passent la qualification en équipe. Vu que ceci n’est pas possible pour les luxembourgeois, manque de compatriotes faisant de l’escrime de haut niveau, je devrai passer par le tournoi de qualification qui se déroulera en 2020. De plus j’envisage d’intégrer l’armée luxembourgeoise après l’acquisition de ma licence universitaire, l’année prochaine. Ainsi, je perdrai 6 mois précieux de ma phase préparatoire, comme je devrai absolument faire l’instruction militaire de base, » estime-t-il.

En tout cas, place aux vacances bien méritées. Avant de s’envoler pour les Universiades à Taipei, le jeune talent se reposera pendant une semaine en Sardaigne tout en se préparant mentalement d’attaquer par après la route pour Tokyo 2020.

Alexeji Nickels