Flamenco flamenco

Annie Gaspard / Tous les visages d’un art vivant, loin des clichés. «Qué maravilla!»

Une 14e édition pour le FlamencoFestival Esch (FFE) peut être considérée comme une véritable consécration pour ce festival audacieux dont la mèche est allumée en 2006 par le Circulo cultural español Antonio Machado en étroite collaboration avec la Kulturfabrik Esch (KUFA). «Cette année-là, nous ne parlions pas encore de festival car nous ne savions pas si l’événement pourrait être récurrent malgré notre grand enthousiasme» remonte le temps Paca Rimbau Hernández, l’âme du festival. Mais sonnez guitara, résonnez cante, virevoltez baile, claquez palmas, castañuelas et cajón, voilà que s’annonce donc une 14e édition qui confirme la pertinence des choix de programmation depuis les débuts! «Des artistes se sont attachés à ce festival à taille humaine et ils y reviennent, d’autres en ont entendu parler et nous sollicitent. Quant au public, il s’élargit de plus en plus et vient du Luxembourg mais aussi de la Grande Région».

Les clés de ce succès grandissant? «Bien sûr, le moteur, c’est cet amour que nous avons de l’art flamenco. C’est pourquoi nous avons choisi dès le départ de briser les clichés et de montrer sans a priori toutes les facettes de l’art flamenco, de présenter les différentes façons d’exprimer le flamenco.

Cela se traduit chaque année par la présentation de spectacles à la fois traditionnels et plus novateurs, par la présence de célébrités du flamenco mais aussi de jeunes talents au lancement desquels nous tenons à contribuer. A chaque édition, nous présentons bien sûr des spectacles collectifs où l’on retrouve chant, guitare, percussions et danse mais nous souhaitons aussi montrer la valeur individuelle de chaque discipline, d’où cette année deux soirées débuteront par un récital de guitare (José Almarcha et David Carmona). Il n’y a pas vraiment de hiérarchie pour nous entre les disciplines du flamenco.»

Le FlamencoFestival Esch 2019 continue bien sûr d’enfoncer le talon sur ses planches avec en filigrane cette année trois mots-clés: «hommage aux femmes flamencas», «nouvelle génération» et «mémoire».

« »Cantaoras » tout d’abord, parce que nous aurons trois voix de femmes, celle de Gema Caballero, celle d’Elena Morales et celle d’Esperanza Fernandez qui clôturera en beauté le festival. « Nouvelle génération » aussi si l’on pense au jeune David de la fameuse famille de guitaristes Carmona, si l’on pense également au benjamin de la tribu Morente, révolutionnaire du cante du XXe siècle, Kiki Morente qui sera sur la scène de la KulturFabrik avec son récital « Albayzin », ou si l’on évoque encore la soirée « Gitano » par la Compagnie du danseur Jairo Barrull Fernandez, fils du légendaire danseur Ramon Barrull et arrière-petit-neveu du guitariste Diego del Gastor. Sans oublier la présence de la musique électronique de The Lab dans le spectacle « Petisa Loca » (« petite fofolle » en espagnol d’Argentine) par la Compagnie d’une autre femme mise à l’honneur cette année: la danseuse et chorégraphe Sara Calero.

Et enfin « mémoire » parce que cette dernière s’inspire dans sa création de l’histoire de son grand-père qui, comme beaucoup d’Espagnols après la Guerre Civile, s’est exilé en Amérique. Comme s’inspire des toiles du peintre cordouan Julio Romero de Torres (1874-1930) le spectacle inaugural du festival, « J.R.T. », présenté au Théâtre d’Esch et chorégraphié par la lumineuse danseuse Leonor Leal qui poursuit sa quête originale d’un flamenco contemporain et part ici, avec Ursula Lopez et Sara Calero, à la recherche du geste flamenco dans les peintures d’un artiste connu essentiellement pour ses portraits de femmes andalouses».

Large éventail donc, cette fois encore, pour ce festival plaidoyer d’un art vivant que l’UNESCO sacrait en 2010 «Patrimoine culturel immatériel de l’humanité». «On n’est pas dans un art fossile. Le flamenco est depuis ses débuts une musique qui marche avec son temps, autrement il n’existerait pas».

Une mosaïque flamenco que le FFE complète de stages (chant, percussion, danse traditionnelle et contemporaine, photo) ouverts à tous, d’une significative et récurrente collaboration avec la Cinémathèque de Luxembourg qui zoomera sur quatre destins de grandes artistes flamencas (la danseuse Matilde Coral, maestra incontestée de l’école dite Sevillana, la danseuse gitane catalane autodidacte Antonia Santiago Amado dite La Chana, la grande danseuse et chorégraphe Rocio Molina et la chanteuse de flamenco Rocio Marquez), d’une conférence du journaliste espagnol éminent spécialiste du flamenco Jose Maria Velasquez-Gaztelu accueilli à la libraire Ernster (Luxembourg) pour y parler du flamenco à l’ombre des poètes Manuel Machado et Federico Garcia Lorca.

Et nouveautés cette année, un village flamenco avec différents stands (spécialités culinaires espagnoles, vêtements, artisanat…) et des trasnoches flamencos au Ratelach après les spectacles!
En pratique

FlamencoFestival Esch, du 10 au 25 mai:

– A la Kulturfabrik: quatre spectacles chaque fois à 20.00h (Petisa Loca le 18/05, Gitano le 23, Albayzin le 24, Esperanza Fernandez/Ana Morales le 25/05) et dix workshops (chant, danse, percussion, palmas, guitare, castagnettes).

– Projections à la Cinémathèque de Luxembourg et au Kinosch (Esch/Alzette).

– Conférence le 22 mai, à 18.30h, à la librairie Ernster (27 rue du Fossé, Luxembourg).

– Au Théâtre d’Esch: spectacle inaugural, J.R.T., avec Leonor Leal e.a., le 17 mai, à 20.00h.

Infos: kulturfabrik.lu, tél.: 55.44.93-1 ou circulo-machado.lu