Pour en finir / Coupe du monde

Jacques Hillion / La France est donc championne du monde de foot. Un exploit que cette deuxième étoile accrochée au maillot des Bleus! Un exploit qui fait grincer des dents quelques supporters adverses… Laissons aux passionnés de foot les palabres sur la qualité de jeu. L’équipe de France a remporté la plus importante compétition sportive au monde. Le reste devrait peu importer. Seulement, à voir la liesse de millions de personnes dans les rues et sur les places de France, dimanche soir, et la joie de cette même foule tout aussi compacte pour accueillir ses champions sur les Champs-Elysées, cette victoire dépasse le simple fait sportif.

Il y a vingt ans, la première coupe décrochée à Paris même avait porté au pinacle cette France black-blanc-beur souvent mal-aimée et incomprise. Cette célébration multiculturelle d’une longue histoire d’immigration fut pourtant éphémère. La douche qui s’ensuivit fut glaçante avec la présence surprise du leader d’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Quant aux émeutes de 2005, elles furent finalement la mise en abîme d’une intégration en mal de reconnaissance sociale.

Une génération et une deuxième victoire plus tard, le discours a finement évolué. La référence porte moins sur le multiculturalisme que sur une France républicaine et par définition fraternelle, dont le principe vient d’ailleurs d’être consacré par le Conseil constitutionnel. Le symbole est fort et devrait être porteur dans sa capacité à unifier. Mais voilà, à la rancœur des perdants vient s’ajouter celle des racistes qui se plaignent d’une «équipe africaine» (sic).

A dénoncer ce qu’ils considèrent comme une anti-France, ils enferment l’Hexagone dans une identité figée et fermée. Heureusement qu’il y a un Barack Obama – et bien d’autres, souvent anonymes – pour leur rétorquer qu’il ne voit dans cette équipe que des Français.

Au-delà de la récupération politique et des tentatives de déstabilisation, cette victoire a aussi mis en avant une capacité à repérer les talents et à les faire fructifier.

Le foot français, visiblement avec succès, se nourrit de ses structures. Elles ont formé les talents d’aujourd’hui et les exportent d’ailleurs volontiers dans les clubs d’Europe. Imaginons que des efforts similaires viennent du monde de l’entreprise ou de l’art et du spectacle… il n’y aurait plus qu’une petite poignée de grincheux d’extrême droite pour considérer que certaines cités sont des lieux de non-droit définitivement perdus.