Fin de Canneseries, on remballe le tapis rose

Members of the cast of "The feed" Channing Powell (L) Guy Burnet (C) and Nina Toussaint-White (R) pose during the 2019 Cannes International Series festival at the Palais des festival, in Cannes

Le festival Canneseries s’apprête mercredi à clore une deuxième édition marquée par l’éclectisme, avec une compétition faisant le grand écart entre comédies névrosées et fictions d’anticipation.

A l’image de « The Feed », créée par Channing Powell, la scénariste de « The Walking Dead », qui a clos la compétition mardi soir. Présentée en première mondiale, la série imagine un futur proche où les communications se font grâce au « flux ».

Un système qui permet de partager interactions, émotions et souvenirs, mais provoque aussi phénomènes d’addiction et réactions incontrôlées. Tom et Kate, un jeune couple, plutôt rétif à ce système alors qu’ils vont avoir leur premier enfant, essaient de le tenir à distance. Sauf que le père de Tom en est le créateur. Série très ambitieuse, se déroulant dansun Londres souvent glaçant, « The Feed » fait écho aux inquiétudes sur la montée en puissance des géants du numérique et la place des réseaux sociaux, mais traite aussi d’un conflit intra-familial et de possibles trahisons.

La série, qui doit être diffusée sur Amazon aux Etats-Unis, a dérouté certains par sa longueur (10 épisodes d’une heure).

Il s’agissait de l’unique série anglo-saxonne d’une compétition comptant des oeuvres venant d’Allemagne, de Belgique, d’Israël, de Russie, de Norvège, d’Espagne et du Japon.

Parmi celles ayant marqué le public, figurent l’israélienne « Nehama », sur un veuf, père de cinq enfants, rêvant de stand-up, « Magnus », série norvégienne déjantée mêlant mythes scandinaves et enquête policière ou « Perfect Life », sur des trentenaires espagnoles en crise.

C’est sur la base généralement de deux épisodes de leur première saison que le jury présidé par Baran bo Odar, créateur de « Dark », doit se faire une opinion et élire la meilleure série. Le créateur d’origine suisse, fan autodéclaré de culture japonaise et coréenne, s’était dit en amont prêt à être « surpris ». « Je n’aime pas les dragons, ni la fantasy mais j’aime +Game of Thrones+ », avait-il souligné, évoquant le potentiel de surprises et retournements de la série culte, approchant de son épilogue.

Outre le prix de la meilleure série (attribuée l’an dernier à l’israélienne « When heroes fly », sur Netflix), le jury va récompenser une interprétation, un scénario et la musique.

En attendant le verdict, Canneseries a entamé le bilan de sa deuxième édition et commence déjà à travailler à la suivante. « Le public cannois s’est emparé du festival », s’est félicité son directeur Benoît Louvet, sans donner de chiffre de fréquentation.

Adossé au MIPTV, raout de l’industrie mondiale de la télévision, Canneseries avait accueilli 20.000 participants l’an dernier. Le jeune festival, qui doit composer avec la concurrence de Series Mania à Lille, se déroulant lui aussi au printemps, avait resserré son calendrier sur six jours et étoffé sa sélection hors compétition.

L’occasion pour le public de découvrir la série à costumes « Beecham house » sur l’Inde à la fin du XVIIIe siècle, « Now Apocalypse », la fiction très « sex and drugs » de l’enfant terrible du cinéma américain, Gregg Araki ou « Vernon Subutex », adaptation rock’n roll du roman à succès de la Française Virginie Despentes. Surfant sur l’image de Cannes, le festival emprunte de nombreux codes à son illustre aîné. « Notre identité, c’est le glamour, le côté très international et la qualité de la compétition », confirme M. Louvet. Comme le mythique festival de cinéma, Canneseries a son tapis (rose), sa montée des marches, ses projections au Palais des festivals, sa compétition, son jury et sa palme… sous forme de palmier pop.

Les récompenses seront remises lors d’une (courte) cérémonie retransmise en clair sur Canal+, mercredi à partir de 20H00.