Au Festival Lumière, les mille et une anecdotes d’Anna Karina, égérie de la Nouvelle vague

Son visage magnétique reste associé à celui de Jean-Luc Godard, dont elle fut la muse: l’actrice Anna Karina a charmé d’anecdotes les cinéphiles du Festival Lumière, mercredi à Lyon, au cours d’une masterclass où elle a évoqué sa collaboration avec le cinéaste.

« Avec Jean-Luc, il n’y avait jamais matière à discuter sur un plateau. C’était comme ça et pas autrement », confie-t-elle, voix rauque et sourire éclatant, évoquant le cinéma « très écrit » de ce « metteur en scène minutieux ». « C’était aussi un homme drôle qui aimait rire de tout ce qui était con. Et ça, les gens ne l’ont jamais perçu ».

Née en 1940, Hanne Karin Bayer – de son vrai nom – a quitté le Danemark à 17 ans pour rejoindre la France, après des débuts timides dans le mannequinat, la chanson de cabaret et un court métrage.

À Paris, elle se met en quête de petits boulots et va au cinéma pour apprendre le français. Repérée aux Deux Magots, elle rencontre la créatrice de mode Coco Chanel, qui l’incite à se doter d’un pseudonyme pour percer: désormais, elle sera « Anna Karina ». Nous sommes en 1957, et Jean-Luc Godard, alors critique aux Cahiers du cinéma, l’a également repérée. Il lui propose un petit rôle dans « À bout de souffle », son premier long métrage. Mais Anna Karina décline poliment, refusant d’être filmée nue. « J’ai réalisé après coup que j’avais refusé un rôle dans un film majeur », raconte-t-elle.

Avec « Le petit soldat » (1960), film politique controversé en forme de déclaration d’amour à la jeune femme, Godard lui offre cette fois le premier rôle, celui qui va définitivement lancer sa carrière. Un soir après le tournage, dans un restaurant de Lausanne, le réalisateur transmet un message sans équivoque à la comédienne qui dîne avec son compagnon: « Je vous aime. Rendez-vous à minuit au Café de la paix, à Genève ». « Cela faisait trois mois qu’on se regardait avec Jean-Luc. Il y avait quelque chose de magnétique entre nous. Il m’a fait passer ce petit mot sous la table. Je vais vous dire: je suis allée dans ce café ». Un an plus tard, en pleine idylle avec le réalisateur, Anna Karina décroche le prix d’interprétation au festival de Berlin pour le rôle d’Angela dans « Un femme est une femme ». Une autre partition écrite pour elle par Godard. « J’étais ravie de faire ce film mais tellement impressionnée par les premiers jours de tournage que mes genoux claquaient. C’est Jean-Paul Belmondo qui m’a rassurée. »

Au total, Anna Karina tournera jusqu’en 1966 une dizaine de films avec Godard. Le couple divorcera en 1964 après trois années d’une romance parfois houleuse. La suite de sa carrière s’est façonnée au gré de collaborations prestigieuses: Michel Deville, Jacques Rivette, Agnès Varda, mais aussi Luchino Visconti – « un papa, noble et gentil » – Volker Schlöndorff ou encore Rainer Werner Fassbinder – « très spécial et un peu pervers ». La même année – 1967 – elle donne la réplique à Marcello Mastroianni (« L’étranger) et chante avec Serge Gainsbourg (« Sous le soleil exactement »). Cinq ans plus tard, elle tourne « Vivre ensemble », son premier long métrage, écrit, produit et réalisé en quatre semaines. Elle le finance sur ses économies et en démarchant des producteurs sous un pseudonyme masculin, mais est vite démasquée cependant. Un film intimiste – qui ressortira dans les salles au printemps 2018 – contant une histoire d’amour entre « un prof et une cinglée » dans un Saint-Germain-des-Prés bohème. « Je me suis toujours dit que les comédiens devraient faire un film pour comprendre la complexité du travail d’un réalisateur. »

À 77 ans, elle dit rester « une fan » de cinéma, des comédies musicales et des films d’Igmar Bergman surtout. Un documentaire en forme de portrait, réalisé par Dennis Berry et baptisé « Anna Karina, souviens-toi », sera diffusé prochainement à la télévision sur Arte.