Les fermetures de magasins Pimkie: deux au Luxembourg

Pimkie donne le coup d’envoi des premières « ruptures conventionnelles collectives », 208 postes concernés
La direction de la chaîne de prêt-à-porter Pimkie, appartenant à la galaxie Mulliez, a présenté lundi aux élus du personnel un projet de 208 suppressions de poste, inédit pour son usage des « ruptures conventionnelles collectives » prévues par les ordonnances sur le code du travail de septembre 2017.
Ces ruptures conventionnelles – qui existaient déjà à l’échelle individuelle – permettent des départs volontaires, selon une procédure moins risquée pour l’entreprise et a priori moins contraignante que celle d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Elles sont conditionnées à la signature d’un accord majoritaire avec les syndicats, homologué par l’administration.
Lundi, au siège de Pimkie à Villeneuve-d’Ascq (Nord), la direction a détaillé le projet au Comité central d’entreprise (CCE): suppression de 37 magasins en trois ans, sur 321 en France, et à court terme 83 emplois en magasin, 41 en logistique, 53 au siège international et 31 au siège pour la France implanté à Neuville-en-Ferrain (Nord).

« Pourquoi insister sur une rupture conventionnelle collective?
Il y a eu du chantage en CCE: +Si vous ne prenez pas la rupture conventionnelle collective, on imposera sèchement le départ des salariés+ », a dénoncé Valérie Pringuez, secrétaire (CGT) du CE. Pour elle, c’est de la part de la direction « de la manipulation de chiffres » car sur le pôle France où Pimkie emploie 1.900 salariés, « le chiffre d’affaires et le résultat d’exploitation se tiennent ».
C’est « un plan social déguisé », a abondé la déléguée syndicale centrale de FO Maley Upravan.
« L’entreprise présente des résultats déficitaires depuis 2015 et un chiffre d’affaires 2017 en baisse de 10% par rapport à l’année précédente », a affirmé la direction dans son communiqué. Elle a justifié la réorganisation par « des stratégies commerciales très agressives » de concurrents qui « exercent une forte pression sur les prix et le développement du digital ».
« Si ce qui nous anime n’est pas l’intérêt général de Pimkie mais des combats contre les lois Travail alors effectivement peut-être que nous ne parviendrons pas à un accord », a déclaré le directeur général délégué de Pimkie, Eric Foucault, après la réunion. « FO et la CGT seront à la table des négociations demain pour écouter les propositions de la direction, il est prématuré de dire qu’il n’y aura pas d’accord », a-t-il noté, alors que ces deux syndicats, majoritaires, ont fait part aux médias de leur hostilité à la signature d’une RCC.
M. Foucault a également détaillé les fermetures de magasins Pimkie dans d’autres pays européens: 45 en Allemagne, 17 en Italie, 13 en Espagne, neuf en Belgique, huit en Autriche et deux au Luxembourg.

La direction a déroulé les « avantages » du recours aux ruptures conventionnelles collectives: « volontariat » pour les départs, « rapidité de mise en oeuvre » et possibilité de réembaucher en cas d’amélioration des résultats – contrairement à un PSE qui interdit de recruter avant un an. Pimkie escompte ainsi « se réorganiser en deux mois seulement », là où un PSE « nécessite souvent près de six mois ».
Les négociations en vue de l’accord majoritaire obligatoire entre direction et syndicats commenceront dès mardi à 14H30, avec quatre autres réunions programmées jusqu’au 5 février.

En attendant, l’émotion était vive devant le siège à Villeneuve-d’Ascq. Laetitia, salariée depuis 2001, était en larmes: « 37 magasins, on ne s’y attendait pas, c’est énorme! Et une personne sur deux dans la logistique… C’est une catastrophe. »
Pour Marie-Annick Merceur, de la CFDT, « ils avaient plutôt parlé au début de 15 magasins », donc « le coup est dur, ça a été fait de façon un peu insidieuse et ça remet beaucoup de choses en question ». « Quel que soit le dispositif, ça reste de la casse sociale », a jugé Guy Bouquet de la CFE-CGC. « On jugera demain soir du bien-fondé ou pas de continuer la négociation ».
Le groupe automobile PSA, qui souhaite également procéder par ruptures conventionnelles collectives, pourrait être le premier à boucler ses négociations avec les syndicats, prévues en une journée mardi.