Nathalie Bonn

Nathalie-BonnLa femme chocolat

Nathalie Bonn, sélectionnée femme de l’année en «Economie»

C’est une histoire de gourmandise, mais pas seulement.

Entrer dans la Chocolate House à Luxembourg, c’est découvrir des «mugs de chocolat chaud envoyés du ciel» et «les gâteaux maison les plus décadents», comme le vantent de nombreux blogs de voyage. Mais c’est surtout entrer chez Nathalie Bonn. Là, aux manettes de sa machine à café, calée derrière le comptoir aux mille friandises, elle se sent bien.

Il y a quatre ans, elle décide d’ouvrir cette chocolaterie-pâtisserie juste en face du palais grand-ducal. A l’époque, elle opte pour une franchise, «pour me donner une ligne face aux mille possibilités qu’offrait le chocolat» et lance les cuillers à faire fondre dans le lait chaud. Depuis, elle s’est affranchie… en gardant les cuillers.

D’emblée, elle décide d’ouvrir tous les jours jusqu’à 20.00h pour permettre aux familles de se retrouver le week-end et aux copines de prendre un café ou une douceur tranquillement après le travail, loin des bars (à l’époque encore) enfumés. De quoi se créer un pool d’habitués. L’hôte des lieux se réjouit à l’approche de la période de Noël, quand les fidèles – pas mal d’expatriés – lui amènent leurs familles au milieu des odeurs de cannelle et de pain d’épices. «J’aime voir l’émerveillement sur leur visage quand ils ouvrent la porte», raconte celle qui avoue que l’«effet chocolat» marche aussi sur elle-même, surtout s’il est praliné.

L’entreprise, qui profite aujourd’hui d’un joli succès, était périlleuse à la base. La maison du XVe siècle avait déjà vu passer plusieurs faillites et la ruelle n’était pas à la mode. Nathalie Bonn, pourtant, ne se lasse pas de cette vue. «Ça n’existe nulle part ailleurs, d’être aussi proche d’un palais et d’une Chambre des députés!»

A l’instinct

Eté comme hiver, elle installe sa terrasse sous le balcon du grand-duc. Mais elle ne dévoilera jamais qui sont ses illustres clients.

Car le premier trait de caractère de Nathalie Bonn, qui saute aux yeux, c’est sa discrétion. Cette grande et belle femme est par ailleurs aussi généreuse qu’elle est discrète. Un peu à l’image des portions de ses délicieux gâteaux. A la voir aussi à l’aise dans ses murs, on a du mal à croire que l’esprit d’entreprise s’est emparé d’elle sur le tard. «J’ai eu mes enfants très tôt et je suis restée à la maison pour les élever. Quand j’ai décidé d’ouvrir la Chocolate House, c’était aussi un peu pour leur montrer que, quand on veut quelque chose, quand on travaille beaucoup, on peut y arriver.» Et y prendre goût. Après la chocolaterie, elle a ouvert l’année passée un magasin de fleurs, juste à côté. Il y a aussi une station-service, gérée par son fils. Les fleurs se sont imposées comme une envie. Nathalie Bonn voulait de la couleur et de la verdure pour égayer sa terrasse. L’occasion était belle pour compléter l’offre «mariage»: les pièces montées et les décorations florales à la même adresse.

Pour la station-service, il faut jeter un œil sur l’histoire familiale. Car les parents Bonn, qui n’ont rien à voir avec le magasin de mobilier du même nom, ont toujours eu «des affaires»: un café avec jeu de quilles, une station-service… D’où, sans doute, ce goût pour le contact humain, pour le travail d’équipe – la Chocolate House emploie 25 personnes –, l’envie de créer. «J’y pense tout le temps. L’idée des petits canards en chocolat coiffés d’un bonnet et d’une écharpe qu’on a fait à Noël m’est venue en pleine nuit», s’amuse Nathalie Bonn. C’est ainsi, à l’instinct et en écoutant beaucoup ses clients, qu’elle mène la chocolaterie. Sans jamais se reposer sur ses lauriers. «Il faut être honnête, avec le prix des loyers et des salaires, on ne fait pas ça pour s’enrichir mais par passion.» En ce moment, l’équipe planche sur des petits déjeuners et sur la carte du midi, à étoffer au-delà de la soupe quotidienne et des quiches. Il y a aussi d’autres projets, mais là-dessus… discrétion.

Laurence Harf