Feel-good road movie / «Green Book» de Peter Farrelly

Amélie Vrla / On connaissait Peter Farrelly pour ses comédies réalisées avec son frère Bobby (There’s Something About Mary, Dumb and Dumber,…). Green Book est non seulement son premier film en solo, mais également son premier drame. Un drame non dénué d’humour, porté par un duo d’acteurs, Viggo Mortensen et Mahershala Ali, qui constitue l’un des atouts majeurs du film.

Inspiré d’une histoire vraie, Green Book retrace la rencontre entre le pianiste virtuose afro-américain Dr. Don Shirley, et Tony Vallelonga, surnommé Tony Lip (Tony la Lèvre) pour sa légendaire gouaille.

Lorsque Tony, un Italo-Américain du Bronx, doit trouver de quoi nourrir sa famille le temps de la rénovation du club où il officie en tant que videur, il entend parler d’un certain Docteur qui chercherait un chauffeur. Lassé de grappiller les 50 dollars manquants à son loyer lors de concours d’engloutissement de burgers, Tony se rend à l’adresse indiquée et pénètre avec étonnement dans de grands appartements au-dessus du Carnegie Hall. Apparaît devant lui un bel homme, grand, distingué, vêtu d’un ample vêtement blanc et or: c’est le Docteur Don Shirley, l’un des premiers pianistes noirs à jouer de la musique classique, et dont Stravinsky disait que «sa virtuosité (était) digne des dieux». Il a besoin d’un chauffeur et d’un homme à tout faire pour l’accompagner durant sa tournée dans le Sud du pays. Nous sommes au début des années 60: le racisme continue de ségréguer les Etats et les hommes, et Tony Lip lui-même n’est pas épargné par la gangrène. Comment cet Italien bourru acceptera-t-il de travailler pour un musicien de couleur et de les défendre, lui et ses valeurs?

Dans une Amérique qui nous renvoie à celle de Trump, difficile d’accepter de voir un Blanc œuvrer pour un Noir. Pour voyager sans se mettre en danger, Lip suit les indications du Green Book, un guide dans lequel étaient répertoriées les adresses des hôtels et restaurants où les Noirs pouvaient se rendre librement, sans avoir à batailler pour accéder aux cabinets ou être autorisés à dîner dans la salle à manger des Blancs.

En bon habitué de Hollywood, Farrelly ne résiste pas à une solide dose de bons sentiments lorsqu’il s’agit de mettre en scène une amitié entre un chauffeur blanc et un artiste noir dans l’Amérique raciste des années 60, et l’on ne pourra s’empêcher de penser à un
Intouchables américain, dans lequel les rôles auraient été inversés.

Néanmoins Green Book bénéficie du grand talent de ses deux acteurs principaux, qui parviennent à insuffler un vrai charme à des personnages au parcours réellement touchant. Coécrit et coproduit par Nick Vallelonga, le fils du vrai Tony Lip, le film a été nourri d’anecdotes, de souvenirs et d’écrits transmis par Tony à son fils: on ressent la tendresse qu’éprouvent les auteurs pour leurs personnages et l’on ne peut s’empêcher de s’attacher à ce duo improbable et courageux. L’affection des auteurs pour Lip et Shirley se traduit néanmoins parfois par des caractérisations relativement forcées, et le film manque par moments de finesse: on regrettera ainsi de commencer par camper Lip comme un raciste pour aussitôt faire disparaître ce travers, ou de lui attribuer une mélomanie naturelle qui fait de lui un admirateur sensible et profond de l’art de Shirley, ce dès la première heure et sans acclimatation aucune. On regrettera aussi la musique qui souligne les moments d’émotion, ou les effets de pluie venant tremper une altercation passionnée sur le bas-côté de la route. Mais on se réjouira de l’honnêteté naïve et des impulsions libératrices de Tony Lip, et l’on sera sensible au combat porté par Don
Shirley – un combat juste, vital, essentiel, mené avec une dignité et une élégance exemplaires, et parfaitement incarnées par Ali.

Malgré ses maladresses de feel-good movie, Green Book se regarde non sans plaisir et porte aux foules un message d’espoir qu’il fait bon propager. Grâce au duo d’acteurs, à
la passion et à la tendresse avec lesquelles cette belle amitié
est traitée, le road movie se suit avec intérêt et décrit une réalité touchante car toujours d’actualité.

Malgré une surenchère de bons sentiments, «Green Book» se regarde non sans plaisir et porte aux foules un message d’espoir qu’il fait bon propager.