Faire les choses correctement / «Pour vivre heureux» de Salima Sarah Glamine et Dimitri Linder

Misch Bervard / Amel, 17 ans, et Mashir, 22, forment un couple depuis plus d’un an, mais dans leur entourage, personne ne le sait. Les deux sont bruxellois, elle d’origine maghrébine, et lui issu d’une famille pakistanaise. Leur liaison ne serait acceptée par aucune des deux familles aux valeurs traditionnelles. Les vrais problèmes – et l’intrigue du film – commencent lorsque la famille de Mashir décide de faire les choses correctement, et de marier celui-ci à sa cousine Noor, qui est aussi l’amie et la copine de classe d’Amel.

Après Noces en 2017, Pour vivre heureux est le deuxième film coproduit par Tarantula Luxembourg qui a pour thème les mariages arrangés (pour ne pas dire forcés) dans le milieu des immigrés pakistanais en Belgique.

C’est par contre le premier long-métrage réalisé par le couple Glamine-Linder, qui se sont tous les deux fait leurs griffes en tant qu’actrice et acteur ainsi que dans divers autres métiers du cinéma. Le résultat se laisse voir: la réalisation est plutôt léchée et bien rythmée, le scénario sans surprise tient la route, et les acteurs sont convaincants, avec mention spéciale pour Sofia Lesaffre qui joue Amel. Elle arrive à camper avec justesse une jeune beurette, avec toute la palette d’émotions très variées qu’elle vit au lycée, avec les copines, avec son amoureux et au contact des différents membres des deux familles qui sont au centre du film.

Sur le papier (du dossier de presse notamment), le film pose le dilemme de la double appartenance de ces adolescents européens, pris entre deux cultures (ou plus) très différentes. Comment doivent-ils tenter de vivre le tiraillement permanent entre modernité et tradition familiale? Peuvent-ils (et surtout elles) rester loyaux envers eux-mêmes et les valeurs de leurs ancêtres?

Le problème de Pour vivre heureux, comme de nombreux autres films du même genre et qui traitent de ces mêmes problèmes, est qu’il n’offre pas beaucoup d’arguments en faveur des traditions (musulmanes, dans ce cas, mais cela ne serait pas moins oppressant dans un milieu traditionaliste judéo-chrétien ou autre).

Il est évident que les spectateurs qui voient le film n’ont d’autre choix que d’être choqués par ces mariages arrangés, d’éprouver de l’incompréhension, voire de la haine, par rapport à cette atteinte aux libertés fondamentales. Cette coutume est clairement et simplement détestable, et donc les réalisateurs/scénaristes tentent de rendre les adultes qui la pratiquent quelque peu humains et sympathiques, en les confrontant eux aussi à des choix difficiles, entre respect des traditions et amour pour leur progéniture.

Mais le fait est qu’à part l’importance de la sacro-sainte famille (thème de prédilection du cinéma des cinq continents) et les classiques séquences de cuisine (un curry ou couscous préparé selon une vieille recette du pays montre que quelque part, ces gens ont quand même une certaine culture, au moins égale à nos moules-frites ou cancoillottes européennes), le film peine à nous donner des raisons objectives pour lesquelles un jeune sacrifierait ses libertés de choix à une tradition ancestrale quelconque.

Nous continuerons de préférer des films avec des protagonistes qui osent ouvertement se battre contre les injustices flagrantes et pour leur liberté, quitte à bousculer ou même piétiner certaines traditions. Le mini happy-end émancipateur que Glamine et Linder insèrent entre deux panneaux de leur générique fin ne suffit pas à nous convaincre.