Exportations d’armement : Parly met en avant les intérêts industriels de la France

French Defence Minister Florence Parly

Les exportations controversées d’armement français sont indispensables pour « maintenir la viabilité de notre industrie de défense », a fait valoir la ministre française des Armées, Florence Parly, lors d’une audition parlementaire dont le compte-rendu a été publié mercredi.

Troisième pays exportateur d’armes dans le monde, la France est régulièrement mise en cause, notamment par des ONG et des parlementaires, pour ses ventes d’armement à l’Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis, engagés dans le conflit armé au Yémen qui a fait au moins 10.000 morts depuis 2015, dont de nombreux civils.

« Pour disposer des équipements militaires qui nous permettent d’intervenir pour assurer notre mission fondamentale de protection de notre territoire et de nos ressortissants ainsi que la dissuasion nucléaire, nous devons maintenir la viabilité et l’indépendance de notre industrie de défense pour les prochaines décennies », a souligné Mme Parly le 7 mai devant la commission Défense de l’Assemblée nationale.

Un argumentaire qui va plus loin que la traditionnelle ligne de défense de Paris, consistant à assurer disposer de la « garantie » que les équipements vendus à Ryad et Abou Dhabi ne sont pas utilisées « contre des civils » au Yémen. « Notre pays n’a pas l’échelle des États-Unis, de la Russie ou de la Chine, pour viabiliser ses industries à coups de commande publique », développe la ministre.

Quant à « l’Europe (…) elle dépense trop peu pour sa défense, et quand elle le fait, elle achète encore trop peu au sein de l’Union européenne (…) Nous n’avons donc pas le choix: il nous faut exporter », tranche-t-elle.

Mme Parly évoque en outre « la dimension économique de l’armement pour nos territoires », alors que selon elle les industries d’armement représentent « 13% des emplois industriels en France », directs et indirects. Toutefois, « je ne dis pas que l’argument économique justifie de faire n’importe quoi, loin s’en faut », tempère-t-elle.

Dans le cas des ventes d’armes à Ryad et Abou Dhabi, « il faut exercer notre discernement », et « c’est dans cette optique que nous procédons à un examen sérieux de chaque dossier de vente d’armement qui nous est soumis », répète-t-elle. La ministre française tacle enfin sans la citer l’Allemagne, qui a officiellement gelé ses exportations à destination de l’Arabie Saoudite mais dont l’industriel Rheinmetall continuerait à livrer des armements à Ryad via ses filiales en Italie et en Afrique du Sud, selon plusieurs organes de presse. « J’entends certes dans certaines capitales les protestations de rigueur de vertus offusquées lorsqu’il s’agit des exportations françaises, mais j’observe que les mêmes responsables ignorent volontiers ce que font les filiales ou les joint ventures de leurs champions nationaux de l’armement », s’agace Mme Parly.