Evaluer et responsabiliser / De l’ecole

Bien sûr, le rôle premier du professeur reste la transmission des connaissances, de quelle manière que ce soit. Or, pour que l’élève puisse se rendre compte du degré d’acquisition du savoir ou du savoir-faire auquel il est parvenu, l’évaluation qui lui est communiquée doit être aussi juste et transparente que possible.

Dans nos lycées, cette évaluation se fait toujours par des notes (de 60 à 01), et c’est une bonne chose, surtout si cette note est accompagnée d’un commentaire indiquant à l’élève quels sont ses défauts et ses qualités. Plus l’éventail des notes obtenues dans un devoir en classe est ouvert, mieux les élèves peuvent se situer quant à la qualité de leur performance.

Toutefois, il est clair que ces notes contiennent une portion non négligeable de subjectivité de la part du professeur, même de celui qui est de la meilleure foi du monde. D’après ce qu’écrit dans le Spiegel un professeur d’un lycée en Bade-Wurtemberg, ce n’est toutefois pas là le défaut majeur des notes: «La note 1,0 [la meilleure possible] au bac s’est vue multipliée par 14 au cours des 10 dernières années, s’est plainte l’association allemande des professeurs qui a exigé l’arrêt de l’inflation des notes.»

L’auteur s’attaque à ces «professeurs aux notes de rêve, dont l’échelle s’arrête à satisfaisant (note 3)» au lieu de respecter l’entièreté de l’échelle qui descend jusqu’à la note 6.

D’une certaine façon, cette philosophie, digne du Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne, se retrouve un peu partout dans l’éducation des enfants qu’il ne s’agit surtout pas de traumatiser par une mauvaise note; attention aussi, les parents sont peut-être avocats et ils vont trouver une faille juridique dans l’évaluation ou le directeur sera mécontent d’une baisse de la moyenne dans son école.

Toujours dans le Spiegel, et dans le même état d’esprit, un autre professeur, Felix Nattermann, se plaint de la déresponsabilisation de l’enfant; «On préserve aujourd’hui les enfants de tous les dangers potentiels. […] Nous ne devrions pas prendre les enfants par la main et les mener avec précaution au-delà de tout risque de trébucher, mais au contraire nous devrions créer des espaces avec des risques de trébucher adaptés à leur âge – et leur faire confiance.»

Nattermann décrit ce cocon dans lequel on enferme les élèves de la façon suivante: «A l’école, ils consomment aussi sagement la matière […] Ils sont devenus maîtres en aspiration, gobent chaque matière, apprennent et, dans l’idéal, font la chasse aux bonnes notes. Toutefois, ce qui leur manque, c’est la passion, le véritable intérêt pour un contenu.» Il continue: «Ce manque de responsabilité par rapport à soi mène aussi au déni de la part des élèves d’une quelconque faute de leur part suite à une mauvaise note.» Ce sont toujours les autres (parents, professeurs, moniteurs, …) qui sont en faute.

Les deux textes m’ont intéressé parce qu’ils sont différents des discours lénifiants qu’on a l’habitude de lire, qu’ils soient l’œuvre de politiques, d’associations de parents, de pseudo-pédagogues ou de psys de tout acabit. En définitive, acceptons l’idée que l’éducation n’est pas le meilleur des mondes possibles.

André Wengler