Jeunes réfugiés: Eux aussi attendent

David Broman /L’asbl Elisabeth ouvre un «groupe de vie» pour jeunes réfugiés. Parmi les réfugiés, il y a aussi les enfants. Notamment ceux qui sont arrivés sans leurs parents.

«Bonjour, je m’appelle Omar, j’ai 13 ans, je suis Syrien et mon hobby est le patinage sur glace. Je vais vous raconter mon chemin depuis la Syrie jusqu’au Luxembourg.» Il est l’un des quelque soixante enfants, réfugiés et actuellement demandeurs de protection, arrivés au Luxembourg sans leurs parents – groupe que la loi appelle «mineurs non accompagnés». Il fait aussi partie du groupe des onze jeunes – huit d’Afghanistan, deux de Syrie, et un d’Albanie – qui, depuis début janvier, habitent dans une nouvelle structure d’accueil aménagée par l’asbl Elisabeth dans les anciens locaux du couvent des sœurs Sainte-Elisabeth de Troisvierges.

L’association luxembourgeoise, qui a une tradition de plus de 120 ans dans l’accueil d’enfants, offre à ces jeunes réfugiés un lieu doté de chambres individuelles équipées d’un lit, d’un petit bureau, d’un lavabo et d’un accès wifi et réparties sur deux étages permettant le logement séparé des garçons et des filles. Chaque étage dispose d’une salle de séjour, de sanitaires et d’une chambre d’éducateur. Au rez-de-chaussée se trouvent, accessibles à tous, un coin cuisine, un salon avec télévision et une salle à manger.

Nostalgie

Cettte «maison» s’intègre par ailleurs dans un «campus» géré lui aussi par l’asbl Elisabeth, accueillant de nombreux enfants du pays – crèche et maison relais de la commune, internat socio-familial pour des enfants de l’école fondamentale, une Maison de jeunes pour le canton de Clervaux.

Aussi, une coopération a été mise en place avec la Maison des jeunes, le Jugendtreff Norden, les clubs de sport – quatre jeunes font déjà partie du club de football de Troisvierges – et le Lycée du Nord de Wiltz où les enfants vont à l’école.

La loi relative à «la protection internationale et la protection temporaire», exigeant que la demande de protection d’un mineur non accompagné soit «traitée par un agent possédant les connaissances nécessaires sur les besoins particuliers des mineurs», prévoit la désignation «dès que possible» par le juge des tutelles d’un «administrateur ad hoc» afin d’assister l’enfant et de «le représenter au cours des procédures (…) et, le cas échéant, d’accomplir des actes juridiques en son nom». C’est ainsi qu’Omar, arrivé au Luxembourg en septembre, a rencontré son administrateur ad hoc pour la première fois en janvier.

«Alors qu’ils se sont quelque peu installés et habitués au nouveau cadre, constate un membre de l’équipe de prise en charge, on voit que la forte nostalgie de leur famille commence à remonter. Par exemple, certains ont du mal à dormir.» Si des jeunes ont des contacts avec leurs parents, d’autres savent les leurs décédés mais ont des contacts avec l’un ou l’autre membre de la famille; d’autres encore ignorent où se trouvent leurs parents ou même s’ils sont encore vivants. «Certains en parlent ouvertement, d’autres sont plutôt renfermés. Le chemin de ces jeunes pour arriver à digérer psychologiquement ce qui leur est arrivé et ce qu’ils vivent encore actuellement – se retrouver sans leurs parents dans un pays dont ils ignoraient l’existence même il y a un an – ne fait que commencer. Il ne s’agit pas pour eux d’oublier – ce sera une partie de leur vie qu’ils n’oublieront jamais –, mais bien d’intégrer ce vécu dans leur histoire personnelle.»

A l’inauguration de ce «groupe de vie», le 5 février, Fernand Boden, président du conseil d’administration d’Elisabeth, se déclarant disposé à «accueillir un deuxième voire un troisième groupe», a tenu à rappeler le fond de la réalité: «Ce sont des jeunes comme tous les autres. Ils aiment les sports. Ils aiment la musique. Ils aiment les contacts avec les autres jeunes. Ils aiment vivre.» Vérité universelle que confirme Jacques Brel, un autre éternel enfant: «Fils de bon fils ou fils d’étranger, tous les enfants sont des sorciers. Ce n’est qu’après. Longtemps après…»

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