Une Europe qui protège /L’inévitable enjeu social

Olivier Tasch / En mer Méditerranée, l’année commence comme les précédentes, sur un sentiment de honte. Une honte européenne née des atermoiements face aux drames engendrés par une politique migratoire inadaptée. Les Européens ne savent toujours pas accueillir dignement. Et ce malgré une baisse significative du flux de personnes qui se lancent dans la périlleuse traversée. En cette année électorale européenne, la question migratoire ne doit pourtant pas devenir un thème central.

Evidemment, les dirigeants ne peuvent ignorer les inquiétudes d’une partie de leur électorat.

Mais le nombre de réfugiés qui ont tenté la traversée depuis 2015 représente à peu près 0,2% de la population de l’UE. Rapporté au Luxembourg, cela représente 1.200 personnes soit 400 par an. Pour rappel en 2017, quelque 1.200 personnes se sont vues attribuer le statut de réfugié. C’est une démonstration par l’absurde pour montrer à quel point les arguments de ceux qui ergotent sur l’ampleur de la «crise» migratoire sont pour le moins fallacieux. Ce qui n’enlève rien à la nécessité d’un accueil efficace et digne.

Pour les élections européennes, la préoccupation qui doit figurer en haut de la liste des agendas politiques est la question sociale. Il n’est pas suffisant d’opposer aux nationalistes et populistes de tous bords un catalogue des réussites européennes. Elles existent incontestablement mais ne suffisent pas à «réenchanter l’Europe».

Si le président français veut incarner une nouvelle étape dans la construction européenne, il devra d’abord prouver à l’échelle de son pays ce que l’Europe peut incarner.

La France comme l’Europe apparaissent aujourd’hui fortement polarisées, essentiellement entre d’un côté, les bien nés et ceux qui ont eu la chance de prendre l’ascenseur social et de l’autre, ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts, les laissés-pour-compte de la mondialisation.

Le mouvement des «gilets jaunes» en est la plus parfaite illustration.

Car, au-delà des actes de violence condamnables ou de la récupération politique, les dirigeants français, mais aussi européens, doivent entendre
et appréhender avec discernement les légitimes revendications sociales qui traversent toute l’Union.

Cela passe inévitablement par une «Europe qui protège les Européens».