Europe /Mortelle vérité

Olivier Tasch / La Maltaise Daphne Caruana Galizia est la seconde journaliste tuée en Europe cette année. La première, Kim Wall, sans doute tuée par un inventeur complètement fou, est un cas à part. Mais celui de Caruana Galizia est clairement une attaque contre la démocratie de Malte et contre la démocratie en général. Et, bien entendu, contre la liberté de la presse. Un assassinat pour faire taire et prévenir ceux qui seraient tentés de reprendre le flambeau. A Malte, creuser la vérité, c’est visiblement aussi creuser son tombeau.

Caruana Galizia s’opposait au népotisme, au copinage et à la médiocrité qui en est souvent la conséquence et, bien entendu, dénonçait la corruption. Si son travail de dénonciation était connu depuis des années, il avait atteint son point d’orgue l’année dernière avec la publication des Panama Papers et les révélations sur les sociétés offshore détenues par le chef de cabinet du Premier ministre travailliste maltais et par le ministre de l’Energie. Cette année, la journaliste accusait la femme du même ministre d’être la bénéficiaire d’une société-écran domiciliée au Panama, sur les comptes de laquelle des fonds auraient été versés par la fille du président azerbaïdjanais. Sont-ce ces accusations qui lui ont coûté la vie?

Cela nous rappelle en tout cas qu’en Europe aussi, dire la vérité peut coûter la vie. Même si nous sommes encore bien loin du Mexique, pays le plus mortel pour les journalistes avec onze assassinats cette année.